La Commission nationale des droits de l’homme du Liban, incluant le Comité pour la prévention de la torture (CNDDL-CPT), a publié une déclaration de position sur les droits humains, les technologies numériques et les élections législatives libanaises de mai 2026, mettant en lumière les implications croissantes des technologies numériques sur les droits humains tout au long du cycle électoral et appelant à des garanties pour protéger la participation démocratique et l’intégrité du processus électoral.
Cette déclaration de position a été préparée par Bassam Al Kantar, Commissaire chargé des relations internationales, des médias et des technologies de l’information à la Commission nationale des droits de l’homme du Liban, incluant le Comité pour la prévention de la torture.
Cette déclaration intervient alors que le Liban se prépare à organiser des élections législatives en mai 2026 dans un contexte complexe marqué par des crises politiques et économiques prolongées, une érosion de la confiance du public dans les institutions et une utilisation croissante des plateformes numériques dans la communication politique et les campagnes électorales.
La CNDDL-CPT souligne que, si les technologies numériques peuvent renforcer la participation démocratique, améliorer l’accès à l’information et faciliter l’engagement des électeurs, elles présentent également des risques sérieux pour les droits humains. Parmi ces risques figurent les atteintes à la liberté d’expression, au droit à la vie privée, à l’égalité et à la non-discrimination, ainsi qu’à l’intégrité du processus électoral, notamment dans des contextes marqués par la polarisation politique et la propagation de la désinformation.
La Commission rappelle que l’État libanais porte la responsabilité première de garantir le plein respect des droits humains tout au long du processus électoral. Cela inclut la protection de la liberté d’expression, la garantie d’une participation politique égale, la protection des données personnelles et l’assurance que tous les citoyens puissent voter et se présenter aux élections sans intimidation, discrimination ou ingérence indue.
La CNDDL-CPT souligne également que les plateformes numériques et les entreprises technologiques ont la responsabilité de respecter les droits humains dans le contexte électoral, conformément aux Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Les entreprises opérant dans l’écosystème numérique, y compris les plateformes de médias sociaux, les fournisseurs de télécommunications, les moteurs de recherche et les développeurs de technologies d’intelligence artificielle, doivent mener une diligence raisonnable en matière de droits humains afin de prévenir et d’atténuer les impacts négatifs liés à leurs technologies.
La déclaration met en évidence plusieurs domaines préoccupants liés à l’utilisation des technologies numériques dans les élections, notamment la propagation de la mésinformation et de la désinformation, en particulier les contenus générés par l’intelligence artificielle tels que les hypertrucages (deepfakes) et les médias manipulés, susceptibles de fausser le débat public et de compromettre la capacité des électeurs à prendre des décisions éclairées.
Elle attire également l’attention sur la montée de la haine en ligne et de la violence fondée sur le genre facilitée par la technologie, qui touche de manière disproportionnée les femmes, les candidats, les journalistes et les membres des groupes marginalisés. Ces abus peuvent réduire la participation à la vie publique et affaiblir le caractère inclusif des processus démocratiques.
La Commission met en garde contre les risques liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la communication politique, le ciblage des électeurs, la modération des contenus, la surveillance et l’administration électorale. Sans mécanismes de contrôle adéquats, ces technologies peuvent manipuler l’opinion publique, renforcer les discriminations, porter atteinte à la vie privée et éroder la confiance dans les institutions électorales.
Garantir un accès ouvert, sûr et non discriminatoire à Internet pendant les élections constitue également une exigence essentielle en matière de droits humains. La Commission avertit que toute perturbation d’Internet, limitation de la connectivité ou restriction injustifiée de l’accès pendant les périodes électorales pourrait compromettre la participation démocratique et entraver la libre circulation de l’information.
La déclaration exprime également des préoccupations concernant les pratiques opaques ou discriminatoires de modération de contenu sur certaines plateformes numériques, notamment en ce qui concerne l’expression politique et les contenus relatifs aux attaques israéliennes contre le Liban et la Palestine. Des signalements faisant état de réduction de visibilité, de suppression de contenus ou de restrictions de comptes soulignent la nécessité d’une plus grande transparence et d’une responsabilité accrue des plateformes numériques.
Pour répondre à ces défis, la CNDDL-CPT appelle à une approche fondée sur les droits humains dans l’utilisation des technologies numériques dans les élections, reposant sur les principes de l’État de droit, de la transparence, de la responsabilité, de l’inclusion, de la protection de la vie privée, de la liberté d’expression et de la cybersécurité. Elle souligne également l’importance de la sensibilisation du public, de l’éducation numérique et de la disponibilité d’alternatives non numériques afin de garantir une participation inclusive.
La Commission souligne enfin l’importance d’une gouvernance multipartite des technologies électorales, impliquant les autorités électorales, les organes de contrôle indépendants, les institutions nationales des droits de l’homme, la société civile, les médias, les universités et les entreprises technologiques.
Conformément aux Principes de Paris, la CNDDL-CPT réaffirme son engagement à promouvoir et à protéger les droits humains tout au long du processus électoral et à veiller à ce que la transformation numérique renforce la participation démocratique plutôt que de la fragiliser.
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