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Journée mondiale de la santé mentale 2026 : au Liban, les voix des personnes concernées, leurs droits et l’accès aux soins doivent être au cœur des réformes

Le 10 octobre, la Journée mondiale de la santé mentale offre au Liban l’occasion de renforcer un engagement national : permettre à chaque personne d’accéder à un soutien en santé mentale qui respecte sa dignité, son autonomie et ses droits. Face aux pressions liées aux conflits, aux déplacements et à l’insécurité économique, la réponse doit associer des services accessibles, une protection contre les discriminations et les abus, et une participation effective des personnes ayant une expérience vécue des troubles de santé mentale.

Le thème retenu par l’Organisation mondiale de la Santé pour la Journée mondiale de la santé mentale 2026 est « Lived experiences heard: real voices, real change », que l’on peut traduire par « Faire entendre les expériences vécues : des voix authentiques, un changement réel ». Il appelle à associer les personnes ayant une expérience vécue des troubles de santé mentale à l’élaboration des politiques, des services et des décisions qui concernent leur vie. Leur savoir doit contribuer à la planification, à la prestation et à l’évaluation des soins.

Pour la Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture (NHRC-CPT), ce message revêt une importance particulière au Liban. La réforme du système de santé mentale doit protéger les droits des personnes qui recherchent un soutien, notamment leur droit d’être entendues, de recevoir des informations compréhensibles, de participer aux décisions et d’obtenir réparation en cas d’abus.

Le Liban dispose d’un cadre national sur lequel s’appuyer. La Stratégie nationale de santé mentale 2024–2030 du ministère de la Santé publique constitue une feuille de route pour améliorer la santé mentale. Elle reconnaît que les progrès exigent également de répondre aux facteurs sociaux, économiques et politiques qui compromettent le bien-être et le rétablissement.

La Journée mondiale de la santé mentale doit donc encourager un examen concret de la manière dont les engagements nationaux se traduisent dans la vie quotidienne des personnes.

Pourquoi la santé mentale doit être au centre du relèvement du Liban

La santé mentale est étroitement liée aux conditions de vie. La sécurité, le logement, les revenus, l’éducation, le travail, les relations sociales et l’accès aux soins peuvent tous influencer le bien-être.

Au Liban, ces liens sont particulièrement importants. Les familles confrontées au deuil, au déplacement, à la destruction de leur logement ou à l’insécurité financière peuvent subir des pressions cumulées. Les professionnels de santé, les intervenants d’urgence, les enseignants et les aidants peuvent également avoir besoin de soutien tout en accompagnant les autres.

Les ressources du ministère de la Santé publique consacrées à la réponse d’urgence reconnaissent explicitement le deuil, la détresse et l’anxiété associés aux attaques, aux pertes et aux déplacements. La réponse en matière de santé mentale et de soutien psychosocial mobilise le Programme national de santé mentale, l’OMS, l’UNICEF et des partenaires de différents secteurs.

La planification du relèvement doit donc intégrer la santé mentale dès le départ. La réouverture d’une école, le rétablissement des services de santé ou l’accès d’une famille à un logement peuvent aussi contribuer au bien-être psychologique. Ces mesures doivent être reliées à un soutien psychosocial adapté et, lorsque cela est nécessaire, à des soins cliniques.

Les réponses doivent tenir compte de la diversité des réactions face à l’adversité. Une détresse consécutive à des événements difficiles ne signifie pas automatiquement la présence d’un trouble de santé mentale. Le soutien doit répondre aux besoins individuels, respecter les préférences des personnes et permettre l’accès à des professionnels lorsque cela est nécessaire.

Donner aux personnes ayant une expérience vécue un véritable rôle dans les décisions

La campagne de 2026 invite les institutions à reconnaître l’expérience vécue comme une forme d’expertise. Les personnes qui ont recherché des soins, en ont bénéficié ou n’ont pas pu y accéder peuvent identifier des obstacles que les évaluations professionnelles ne repèrent pas toujours.

Au Liban, leur participation peut aider à répondre à des questions concrètes : les services sont-ils abordables ? Les démarches pour obtenir un rendez-vous ou une orientation sont-elles simples ? Les informations sont-elles compréhensibles ? Les personnes se sentent-elles respectées ? Peuvent-elles exprimer leurs préoccupations en sécurité ?

La consultation doit permettre d’influencer les décisions. Les personnes ayant une expérience vécue doivent être associées à l’élaboration des politiques, à l’examen des services et à l’évaluation des résultats. Leur participation doit être accessible, volontaire et accompagnée, avec des informations claires sur l’utilisation de leurs contributions.

Les institutions doivent également respecter la diversité des expériences. Une seule personne ne peut représenter toutes les situations. La participation doit inclure des personnes de différentes régions et de différents milieux, notamment des personnes présentant un handicap psychosocial et celles confrontées à des obstacles financiers, de communication ou de mobilité.

Le témoignage public doit rester un choix. Personne ne devrait être obligé de divulguer des informations privées ou de raconter des expériences douloureuses pour accéder à un soutien ou participer aux réformes.

S’appuyer sur la Stratégie nationale de santé mentale du Liban

La Stratégie nationale de santé mentale 2024–2030 a été élaborée à partir d’évaluations et de consultations, notamment avec des personnes ayant une expérience vécue. Ses priorités comprennent l’amélioration de l’accès à des soins de qualité, le soutien aux professionnels, la prévention des pratiques préjudiciables, le renforcement des données et la mise en place des cadres juridiques, politiques et financiers nécessaires aux réformes.

Ce cadre permet de coordonner l’action. Sa mise en œuvre doit s’accompagner de responsabilités clairement définies, de ressources durables et d’informations publiques sur les progrès réalisés.

Parmi les indicateurs utiles figurent la possibilité d’obtenir des soins dans des délais appropriés, de poursuivre un traitement pendant les situations d’urgence, d’accéder aux services en dehors des grands centres urbains et de signaler des préoccupations sans crainte.

L’évaluation doit également porter sur l’expérience des soins. Augmenter le nombre de consultations est utile, mais la qualité comprend aussi le respect, la confidentialité, la participation et un suivi effectif.

Rendre les services accessibles et abordables

L’accès ne dépend pas uniquement de l’existence d’un service. Le coût, les transports, les horaires, l’information, l’accessibilité et la crainte de la stigmatisation peuvent influencer la décision de demander de l’aide.

La réponse du Liban doit renforcer les liens entre les soins de santé primaires, les soins spécialisés et le soutien communautaire. Des parcours d’orientation clairs peuvent aider les personnes à trouver une assistance adaptée sans devoir naviguer à plusieurs reprises entre des services déconnectés.

L’accessibilité financière doit tenir compte du coût total des soins : consultations, médicaments prescrits, déplacements et suivi. Les personnes disposant de revenus limités ou d’un emploi irrégulier ont besoin de solutions qu’elles peuvent réellement utiliser.

Le Programme national de santé mentale du ministère de la Santé publique fournit des informations sur les services et les ressources disponibles, notamment Step-by-Step, un programme gratuit et confidentiel destiné aux personnes confrontées au stress et à des émotions difficiles. Ses ressources comprennent également des informations sur les services gratuits ou à coût réduit au Liban.

Le soutien numérique peut élargir l’accès, mais la planification doit aussi prendre en compte les personnes qui ne disposent pas d’une connexion fiable, d’un espace privé ou des moyens d’utiliser les outils numériques.

Protéger la dignité et l’autonomie dans les soins

Le respect des droits humains fait partie intégrante de la qualité des soins en santé mentale.

Les personnes doivent recevoir des informations claires, bénéficier de la protection de leur vie privée et être accompagnées pour participer aux décisions concernant leurs soins. Des mécanismes de plainte accessibles et un contrôle indépendant sont essentiels lorsque les traitements ou les conditions de vie soulèvent des préoccupations.

La NHRC-CPT a déjà abordé publiquement ces questions. Dans son compte rendu de septembre 2026 consacré à la participation de la commissaire Dr Josyan Madi-Skaff à un événement national sur la santé mentale, la Commission a souligné l’importance de la dignité, de l’autonomie et de la participation aux décisions thérapeutiques. Elle a également relevé les risques pour les droits liés à l’hospitalisation non volontaire, à la contention, à l’isolement et aux traitements forcés, en insistant sur les garanties, le contrôle et l’obligation de rendre des comptes.

Ces préoccupations exigent une attention constante. Les institutions doivent renforcer l’accompagnement à la prise de décision, développer des approches qui préviennent la coercition et garantir une réponse effective aux allégations d’abus.

Les personnes doivent pouvoir exprimer leurs préoccupations sans risquer de représailles ni perdre leur accès aux soins.

Développer le soutien communautaire

La campagne de l’OMS pour 2026 met en avant la transition des établissements psychiatriques de long séjour vers des soins communautaires centrés sur la personne. Elle souligne que cette transition exige une planification attentive du financement, des services et des soutiens nécessaires.

Au Liban, le soutien communautaire doit permettre aux personnes de vivre dans la dignité et de préserver leurs relations, leur éducation, leur emploi et leur participation à la société.

Cela exige davantage qu’un changement du lieu de traitement. Les personnes peuvent avoir besoin d’un logement accessible, d’une protection sociale, d’un soutien en situation de crise, de services de réadaptation et d’une assistance dans la vie quotidienne. Les familles et les aidants peuvent aussi avoir besoin d’informations, de formations et de soutien.

Toute transition doit être planifiée avec les personnes concernées, en fonction de leurs besoins et de leurs préférences. Fermer un établissement sans solutions de remplacement adéquates peut les exposer au sans-abrisme, à une interruption des soins ou à une dépendance accrue envers des familles déjà fortement sollicitées.

Les soins communautaires doivent reposer sur des services fiables et un système tenu de rendre des comptes.

Assurer la continuité des soins pendant les situations d’urgence

Les conflits et les déplacements peuvent interrompre les consultations, l’accès aux médicaments et les réseaux de soutien existants. La préparation aux situations d’urgence doit répondre à ces risques, tant pour les personnes déjà suivies que pour celles qui recherchent une assistance pour la première fois.

Le cadre de préparation et de réponse du ministère identifie comme priorités la continuité des services, l’accès aux médicaments psychotropes, la communication publique et la formation des professionnels de santé et des intervenants de première ligne.

La mise en œuvre doit comprendre des informations claires pour les personnes déplacées, une coordination entre prestataires et des dispositifs d’orientation utilisables lorsque les établissements ou les voies de transport sont perturbés.

La confidentialité doit également être protégée pendant les situations d’urgence. Les informations doivent être partagées selon des procédures appropriées, et les personnes doivent comprendre comment leurs données personnelles seront utilisées.

Le soutien aux professionnels de santé et aux travailleurs humanitaires doit faire partie de la planification opérationnelle. Leur bien-être concerne leurs propres droits et contribue à la continuité des services.

Protéger les enfants, les jeunes et les personnes confrontées à l’exclusion

Les enfants et les adolescents ont besoin d’un soutien adapté à leur âge et à leur situation. Les écoles peuvent apporter de la stabilité, repérer les difficultés et orienter les familles vers des services appropriés, à condition que le personnel bénéficie de formations et de possibilités d’orientation effectives.

Les jeunes doivent pouvoir exprimer leurs préoccupations sans humiliation ni discrimination. Leur participation peut améliorer la pertinence des services et des programmes de prévention.

Le soutien en santé mentale doit également être accessible aux personnes handicapées, aux personnes âgées, aux réfugiés, aux travailleurs migrants, aux survivants de violences et aux personnes privées de liberté.

Dans les lieux de détention, les soins doivent être associés à la protection contre la violence, à des conditions humaines et à la continuité des traitements. La détresse psychologique doit susciter une réponse adaptée plutôt qu’une sanction ou de la négligence.

Pour les personnes ayant subi des violences fondées sur le genre, les services de santé mentale et de protection doivent se coordonner avec prudence, en respectant la confidentialité et les choix de la personne.

Prévenir le suicide et rendre le soutien visible

Le Liban a franchi une étape nationale importante le 10 septembre 2026, lorsqu’un événement officiel a annoncé l’adoption du 10 septembre comme Journée nationale de prévention du suicide et de sensibilisation à la santé mentale. Organisé par le Programme national de santé mentale du ministère de la Santé publique, avec Embrace et ABAAD, cet événement a inscrit la prévention dans la réforme plus large du système de santé mentale.

Cette annonce doit s’accompagner d’une action continue : assistance accessible, suivi approprié, communication publique responsable et coordination entre la santé, l’éducation, la protection sociale et les autres secteurs.

Les messages publics doivent encourager la recherche d’aide sans culpabilisation ni stigmatisation. Ils doivent éviter les traitements sensationnalistes et rendre les informations sur les soutiens disponibles faciles à trouver.

Au Liban, la ligne nationale 1564 assure un soutien psychologique et une assistance à la prévention du suicide, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en partenariat avec Embrace. Le ministère la présente comme un espace où les personnes confrontées à une détresse importante ou à des pensées d’automutilation peuvent parler à une équipe formée, recevoir du soutien et obtenir des informations d’orientation.

La contribution de la NHRC-CPT à une approche fondée sur les droits

L’engagement de la Commission dépasse les campagnes de sensibilisation. Avec le soutien du Programme national de santé mentale, elle a soumis une contribution au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur la santé mentale et les droits humains.

Cette contribution a examiné les mesures juridiques et politiques, les difficultés de mise en œuvre et les recommandations permettant d’appliquer une perspective de droits humains à la santé mentale au Liban. Elle a mis l’accent sur la dignité, la non-discrimination et l’accès aux soins.

Dans le cadre de son mandat, la Commission peut contribuer par le suivi, le traitement des plaintes, l’examen des politiques, la sensibilisation et la coopération avec les partenaires nationaux et internationaux.

Le contrôle indépendant revêt une importance particulière dans les lieux où des personnes sont privées de liberté, y compris les établissements de santé mentale dont elles ne peuvent sortir volontairement. Il doit permettre d’identifier les risques, d’entendre les préoccupations et de recommander des mesures correctives.

Transformer la Journée mondiale de la santé mentale en progrès concrets

Pour le Liban, les priorités devraient comprendre :

  • Une participation effective : associer les personnes ayant une expérience vécue à l’élaboration des politiques, à la conception des services et à leur évaluation.
  • Un accès abordable : renforcer les soins de santé primaires, les parcours d’orientation et les services communautaires accessibles.
  • La continuité pendant les crises : maintenir les traitements, l’accès aux médicaments et le soutien lorsque les personnes sont déplacées ou que les services sont perturbés.
  • Le respect des droits dans les soins : protéger l’autonomie, la confidentialité et l’accès aux plaintes et aux recours.
  • Le soutien communautaire : développer des solutions de logement, de protection sociale et de soins permettant une vie autonome et l’inclusion.
  • La prévention et le soutien précoce : relier les écoles, les lieux de travail et les services communautaires à une assistance appropriée.
  • La protection contre les discriminations : supprimer les obstacles qui empêchent de rechercher des soins ou de participer à la société.
  • Une mise en œuvre transparente et responsable : publier les progrès réalisés dans le cadre de la Stratégie nationale de santé mentale et utiliser les retours des usagers pour améliorer les résultats.

La Journée mondiale de la santé mentale 2026 offre au Liban l’occasion de relier ces priorités à sa stratégie nationale et au travail des institutions publiques, de la société civile et des communautés.

Les progrès se mesurent à la possibilité d’obtenir un soutien au moment nécessaire, de recevoir des soins respectueux de ses choix et de sa dignité, et de contribuer à façonner le système dont on dépend. Placer les voix et les droits des personnes concernées au cœur des réformes est essentiel au relèvement du Liban.

Informations sur le soutien disponible : Pour un soutien psychologique et une assistance à la prévention du suicide au Liban, appelez la ligne nationale 1564, disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Des informations sur les autres services et ressources sont accessibles auprès du Programme national de santé mentale du ministère de la Santé publique.

Références officielles

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مؤسسة وطنية مستقلة منشأة بموجب القانون 62/ 2016، تتضمن آلية وقائية وطنية للتعذيب (لجنة الوقاية من التعذيب) عملاً بأحكام القانون رقم 12/ 2008 (المصادقة على البروتوكول الاختياري لاتفاقية مناهضة التعذيب). An independent national institution established under Law No. 62/2016, which includes a National Preventive Mechanism against torture (the Committee for the Prevention of Torture), in accordance with the provisions of Law No. 12/2008 (ratifying the Optional Protocol to the Convention against Torture). Une institution nationale indépendante établie en vertu de la loi n° 62/2016, qui comprend un mécanisme national de prévention de la torture (le Comité pour la prévention de la torture), conformément aux dispositions de la loi n° 12/2008 (ratifiant le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture).