Un logement sûr offre bien plus qu’un abri. Il donne aux enfants un lieu pour étudier, aux familles de la stabilité, aux personnes âgées de la sécurité et aux personnes en situation de handicap une base pour vivre de manière autonome. Lorsque le logement devient dangereux, inabordable ou précaire, les conséquences touchent la santé, l’éducation, l’emploi et la vie communautaire.
Au Liban, la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, célébrée le 17 octobre, met ces liens en évidence. Les difficultés économiques, les dommages causés par le conflit et les déplacements font de l’accès à un logement convenable une composante essentielle de la réduction de la pauvreté et du relèvement.
Dans le cadre du thème des Nations Unies pour 2026–2028, « Unis pour la paix et les droits humains », la célébration de cette année porte sur « Des logements sûrs pour tous ». Elle appelle à des politiques du logement centrées sur la dignité humaine, à une participation effective des personnes vivant dans la pauvreté et à des ressources suffisantes pour élargir l’accès à des logements sûrs, accessibles et abordables.
Pour le Liban, cela signifie relier la reconstruction à la protection sociale, aux services publics et aux mesures qui empêchent les personnes de sombrer davantage dans la précarité.
Comprendre la pauvreté au Liban et utiliser les données avec précision
La crise de la pauvreté au Liban a été documentée, mais les chiffres publiés doivent être compris dans leur contexte temporel et géographique.
L’Évaluation de la pauvreté et de l’équité au Liban 2024, publiée par la Banque mondiale, a constaté que la pauvreté monétaire était passée de 12 % en 2012 à 44 % en 2022 dans les zones couvertes par l’enquête. La recherche concernait l’Akkar, Beyrouth, la Bekaa, le Liban-Nord et la majeure partie du Mont-Liban. Parmi les ressortissants libanais de ces zones, environ une personne sur trois vivait dans la pauvreté en 2022.
Ces chiffres ne constituent pas des mesures nationales pour 2026. L’évaluation fournit néanmoins des éléments importants sur les effets de la crise économique sur les ménages, notamment la réduction de la consommation alimentaire, des dépenses de santé et d’autres dépenses.
La conséquence pratique pour les politiques publiques est claire : la réduction de la pauvreté exige des données actualisées et des réponses coordonnées. Le soutien aux revenus, la santé, l’éducation et le logement ne peuvent pas être traités comme des besoins indépendants lorsque les familles doivent choisir entre eux.
L’insécurité du logement peut aggraver la pauvreté
Un ménage peut conserver un toit tout en vivant dans des conditions qui compromettent sa dignité et sa sécurité.
L’insécurité du logement peut prendre la forme de surpeuplement, de risques structurels, d’installations sanitaires inadéquates, de loyers inabordables ou d’incertitude quant à la possibilité de rester dans les lieux. Un logement peu coûteux peut aussi être éloigné des emplois, des écoles et des soins de santé, entraînant des dépenses qui annulent les économies réalisées.
Au Liban, l’évaluation des besoins en logement doit donc aller au-delà du décompte des bâtiments endommagés ou des hébergements disponibles. Les programmes doivent examiner l’accessibilité financière et physique, les services essentiels et la stabilité des conditions d’occupation.
L’aide doit également tenir compte des différentes situations. Un locataire déplacé, un propriétaire incapable de réparer son logement endommagé et une famille vivant dans un hébergement temporaire peuvent avoir besoin de formes de soutien différentes.
L’objectif doit être une situation résidentielle sûre et durable qui permette aux personnes de satisfaire leurs autres besoins essentiels.
Les déplacements font du logement sûr une priorité urgente du relèvement
Les informations publiques récentes montrent l’ampleur persistante du défi des déplacements au Liban.
Le Plan de réponse aux crises au Liban 2026 de l’Organisation internationale pour les migrations fait état de 333 144 personnes déplacées à l’intérieur du pays au 9 septembre 2026, ainsi que de 818 288 personnes ayant commencé à retourner dans leurs zones d’origine. Il souligne que ces retours ne peuvent pas encore être considérés comme durables, notamment en raison de l’insécurité, des munitions non explosées, des logements endommagés et des services perturbés. Ces chiffres correspondent à un relevé daté des mouvements de population, et non à une mesure permanente des déplacements.
Pour les familles concernées, le retour doit être évalué à partir de la sécurité et des conditions de vie. Rejoindre sa zone d’origine ne signifie pas que le logement est habitable ou que les services essentiels ont repris.
Le soutien au relèvement doit donc relier l’évaluation des logements aux réparations, à l’eau, à l’assainissement, aux voies d’accès et aux possibilités de subsistance. Lorsque le retour en sécurité reste impossible, un hébergement digne et une aide appropriée doivent être maintenus.
Reconstruire les logements exige aussi de réhabiliter les quartiers
Le relèvement du logement réussit lorsque le quartier environnant peut soutenir la vie quotidienne.
Un appartement réparé offre une sécurité limitée si ses habitants n’ont pas accès à une eau fiable, à des voies sûres ou à des services fonctionnels. La reconstruction doit donc prendre en compte les bâtiments, les infrastructures, les équipements publics et les moyens de subsistance locaux.
Le Cadre de réponse aux crises urbaines, de relèvement et de reconstruction au Liban d’ONU-Habitat propose une approche intégrée comprenant le soutien aux institutions publiques, le logement convenable et la protection, ainsi que les considérations environnementales et climatiques.
Pour le Liban, cette approche favorise une coordination concrète entre les autorités nationales, les municipalités, les spécialistes techniques et les communautés concernées.
Les programmes de logement doivent inclure des évaluations de sécurité réalisées par des professionnels qualifiés et des normes de réparation transparentes. Ils doivent aussi reconnaître les besoins des locataires et des autres résidents qui risquent d’être négligés lorsque l’aide se concentre principalement sur la propriété immobilière.
La protection sociale doit aider à maintenir un niveau de vie digne
L’aide au logement ne peut pas porter, à elle seule, toute la responsabilité de la réduction de la pauvreté.
Le Liban a lancé sa première Stratégie nationale de protection sociale en février 2024. Élaborée avec le soutien de l’Organisation internationale du Travail et de l’UNICEF, elle fournit un cadre pour renforcer la protection contre les vulnérabilités rencontrées aux différentes étapes de la vie.
Une publication conjointe de l’OIT et de l’Initiative de réforme arabe, parue en janvier 2026, examine également les pistes de réforme concernant l’assistance sociale, les pensions, la protection sociale en santé et la gouvernance nécessaire pour rendre ces systèmes cohérents et durables.
Pour la sécurité du logement, la priorité pratique consiste à relier l’aide aux coûts réellement supportés par les ménages. Le soutien doit contribuer à éviter que le paiement du loyer oblige à renoncer à la nourriture, aux soins ou à la scolarité.
Des procédures fiables sont également essentielles. Les personnes ont besoin d’informations claires, de versements prévisibles et de moyens accessibles pour corriger les erreurs ou contester une exclusion.
Le bien-être des enfants dépend de logements stables
Les enfants subissent les conséquences de la pauvreté à travers plusieurs besoins liés entre eux.
Un hébergement instable peut perturber l’apprentissage, éloigner les enfants de leurs réseaux de soutien habituels et rendre difficile le maintien de routines. L’aide au logement doit donc être coordonnée avec l’accès à l’école, aux soins de santé et à la protection de l’enfance.
Au Liban, l’hébergement des familles doit offrir des espaces sûrs, des installations sanitaires adaptées et un accès raisonnable à l’éducation. Les décisions de relogement doivent tenir compte de la continuité de l’apprentissage des enfants et des besoins pratiques des personnes qui s’en occupent.
Les enfants ne doivent pas supporter les conséquences à long terme des lacunes entre l’hébergement d’urgence et les solutions de logement durables.
L’accessibilité doit être intégrée à l’aide au logement
Un logement sûr doit pouvoir être utilisé par les personnes qui y vivent.
Pour les personnes en situation de handicap et les personnes âgées, des marches, des entrées étroites, des toilettes inaccessibles ou des services éloignés peuvent rendre un hébergement inadapté. Les dispositifs d’urgence doivent évaluer ces obstacles dès le départ.
Les programmes d’aide doivent également proposer des modalités de demande et de communication qui ne reposent pas entièrement sur Internet. Les personnes confrontées à des difficultés de mobilité, de lecture et d’écriture ou de documentation ont besoin d’un accompagnement concret.
Les femmes cheffes de ménage et les personnes exposées à des risques de protection doivent pouvoir accéder à des conseils confidentiels et à une orientation appropriée. La politique du logement doit prendre en compte la sécurité et la vie privée à l’intérieur des hébergements, ainsi que l’état des bâtiments.
Les politiques doivent être conçues avec les personnes vivant dans la pauvreté
La célébration de 2026 souligne la valeur des connaissances des personnes qui vivent la pauvreté et l’exclusion du logement.
Au Liban, une participation effective doit influencer la conception des programmes, les critères d’éligibilité, les priorités de réparation et l’évaluation. Les habitants peuvent identifier des obstacles que les dossiers administratifs ne révèlent pas : coûts de transport, installations inaccessibles, procédures peu claires ou hébergements inadaptés aux besoins des ménages.
La consultation doit aller au-delà des organisations établies pour inclure les locataires, les familles déplacées, les travailleurs informels et les personnes confrontées à des obstacles à la participation publique.
Les institutions doivent expliquer comment les contributions influencent les décisions et communiquer les résultats aux participants. La participation devient effective lorsqu’elle peut modifier les politiques, les budgets ou leur mise en œuvre.
La redevabilité est essentielle à un relèvement équitable
Les ressources publiques et l’aide à la reconstruction doivent être attribuées de manière transparente.
Les autorités et les partenaires des programmes doivent publier des informations compréhensibles sur l’éligibilité, les méthodes d’évaluation et l’assistance. Les mécanismes de plainte doivent être accessibles et capables de corriger les erreurs.
Les institutions indépendantes de défense des droits humains peuvent contribuer, dans le cadre de leurs mandats, en recevant des plaintes, en examinant les discriminations et en recommandant des améliorations. Le suivi doit déterminer qui est exclu, si le soutien est suffisant et si les mesures préservent la dignité.
La communication publique doit également éviter de présenter la pauvreté comme un échec individuel. Des politiques efficaces s’attaquent aux conditions qui limitent les choix des personnes et leur accès aux services essentiels.
Les priorités du Liban pour le 17 octobre
La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté devrait encourager des engagements concrets :
- Placer le logement convenable au cœur du relèvement, en reliant les réparations à l’accessibilité financière et physique et aux services essentiels.
- Soutenir des retours sûrs et durables, tout en maintenant l’aide lorsque le retour reste dangereux.
- Renforcer la protection sociale, avec un soutien fiable et des procédures accessibles.
- Protéger la continuité de l’éducation et des soins des enfants, grâce à une assistance familiale coordonnée.
- Inclure les locataires et les personnes confrontées à des obstacles d’accessibilité, dans les évaluations du logement et la conception des programmes.
- Élaborer les politiques avec les communautés concernées, et expliquer comment leur participation influence les décisions.
- Améliorer les données et la redevabilité, grâce à des éléments clairement datés, des critères transparents et des mécanismes de plainte efficaces.
« Des logements sûrs pour tous » offre au Liban une mesure concrète du progrès : des personnes vivant dans des conditions sûres et dignes, avec un accès aux services et une véritable possibilité de reconstruire leur vie. La réduction de la pauvreté doit rendre cette sécurité possible pour celles et ceux qui rencontrent aujourd’hui les obstacles les plus importants.
Références officielles
- Nations Unies : Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté
- Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies : Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté 2026 — Des logements sûrs pour tous
- Nations Unies : note conceptuelle 2026 — Des logements sûrs pour tous
- Nations Unies : Déclaration politique de Doha, résolution A/RES/80/5
- Banque mondiale : Évaluation de la pauvreté et de l’équité au Liban 2024 — principales conclusions
- Organisation internationale pour les migrations : Plan de réponse aux crises au Liban 2026
- ONU-Habitat : Cadre de réponse aux crises urbaines, de relèvement et de reconstruction au Liban
- OIT : le Liban lance sa première Stratégie nationale de protection sociale
- OIT : vers un système de protection sociale inclusif, intégré et durable au Liban
- UNICEF Liban : Stratégie nationale de protection sociale
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