Les soins reposent sur des personnes qui doivent pouvoir travailler en sécurité : les infirmières et infirmiers au chevet des patients, les médecins pratiquant des interventions chirurgicales d’urgence, les ambulanciers rejoignant les blessés et les équipes de sauvetage recherchant des survivants sous les décombres.
Au Liban, la Journée internationale des soins et de l’assistance, célébrée le 29 octobre, doit placer la protection de ces professionnels au cœur de l’attention publique. Les attaques militaires israéliennes de 2024, puis celles survenues lors de la nouvelle escalade de 2026, ont tué des professionnels de santé, endommagé les infrastructures médicales et perturbé les services d’urgence. Des enquêtes publiques ont documenté des attaques illégales et identifié des faits nécessitant des investigations pour de possibles crimes de guerre.
Reconnaître la valeur des professionnels du soin exige donc de protéger leur vie, de préserver les services qu’ils assurent et de demander des comptes pour les violations commises.
Les soins sont une question de droits humains
Les Nations Unies ont proclamé la Journée internationale des soins et de l’assistance par la résolution 77/317 de l’Assemblée générale. Cette journée reconnaît le travail de soin rémunéré et non rémunéré et appelle à des systèmes de soins résilients et inclusifs, à des conditions de travail décentes et à davantage d’égalité.
Au Liban, ces objectifs sont indissociables de la protection des soins de santé pendant les conflits armés. Un hôpital ne peut assurer des soins fiables lorsque son personnel risque d’être attaqué. Un service de secours ne peut rejoindre les civils blessés lorsque ses ambulances sont détruites ou que ses équipes craignent d’être frappées pendant leurs interventions.
Protéger les personnes qui prodiguent des soins est indispensable pour protéger toutes celles qui en ont besoin.
2024 : des attaques documentées contre le personnel médical et les établissements de santé
Dans une enquête publiée le 30 octobre 2024, Human Rights Watch a documenté trois attaques israéliennes constituant de possibles crimes de guerre :
- Une frappe du 3 octobre contre un centre de défense civile à Bachoura, à Beyrouth, qui a tué sept secouristes.
- Une frappe du 4 octobre contre une ambulance près de l’hôpital de Marjayoun, qui a tué sept secouristes et entraîné la fermeture de l’hôpital.
- Une attaque, le même jour, contre l’hôpital Salah Ghandour à Bint Jbeil.
L’organisation a indiqué n’avoir trouvé aucun élément attestant d’un usage militaire susceptible de justifier la perte de protection du personnel médical, des moyens de transport et des établissements concernés. Il s’agit de conclusions d’enquête sur de possibles crimes de guerre, et non de condamnations judiciaires.
Les conséquences plus larges ont été considérables. L’Organisation mondiale de la Santé a recensé 226 professionnels de santé et patients tués et 199 blessés dans des attaques contre les soins de santé entre le 7 octobre 2023 et le 18 novembre 2024. Ces chiffres incluent les patients et couvrent une période débutant en 2023 ; ils ne doivent donc pas être présentés comme le nombre de professionnels de santé tués pendant la seule année 2024. L’OMS a également indiqué que 15 des 153 hôpitaux du Liban avaient cessé de fonctionner ou ne fonctionnaient que partiellement.
2025–2026 : une insécurité persistante et de nouvelles attaques
La période qui a suivi l’accord de cessation des hostilités de novembre 2024 n’a pas mis fin aux atteintes contre les civils. Un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, publié en avril 2026, indique que les opérations militaires israéliennes se sont poursuivies presque quotidiennement, avec 139 décès de civils vérifiés jusqu’au 1er mars 2026. Ce chiffre concerne les victimes civiles et ne constitue pas un décompte des professionnels de santé.
Après la nouvelle escalade du 2 mars 2026, les attaques contre les soins de santé sont redevenues une préoccupation majeure. Un bulletin sanitaire de l’OMS daté du 28 avril 2026 faisait état de 150 attaques contre les soins de santé depuis le 2 mars, ayant causé 103 décès et 234 blessures. Ces données correspondent à une période précise ; elles ne représentent ni un bilan pour l’ensemble de l’année 2026 ni une détermination de la responsabilité pénale pour chaque incident.
Le 19 mars 2026, Amnesty International a appelé Israël à mettre fin aux attaques contre les professionnels de santé, les établissements médicaux et les équipes de première intervention. L’organisation a averti que ces nouvelles attaques reproduisaient des violations documentées en 2024 et a contesté les accusations non étayées selon lesquelles des ambulances et des sites médicaux étaient utilisés à des fins militaires.
La répétition de ces faits documentés renforce la nécessité d’enquêtes indépendantes, de mesures immédiates de protection et de recours effectifs pour les victimes.
Ce qu’exige le droit international humanitaire
Le personnel médical, les hôpitaux, les unités médicales et les ambulances accomplissant leurs fonctions médicales doivent être respectés et protégés. Cette protection s’applique aux médecins, aux infirmières et infirmiers, aux ambulanciers et aux autres professionnels de santé. Les membres civils des équipes de sauvetage bénéficient également de la protection accordée aux civils, ainsi que de toute protection particulière applicable à leurs fonctions.
Les orientations du Comité international de la Croix-Rouge concernant le Liban précisent que les parties au conflit doivent protéger les services médicaux et ne pas entraver leur travail. Les forces attaquantes doivent vérifier leurs cibles, prendre toutes les précautions pratiquement possibles et respecter l’interdiction des attaques disproportionnées. Ces obligations s’appliquent à toutes les parties au conflit.
Trois principes revêtent une importance particulière au Liban :
Soigner des combattants blessés ne fait pas perdre la protection. Fournir des soins aux combattants blessés ou malades qui ne participent plus aux hostilités est une activité humanitaire protégée. Les décisions médicales doivent répondre aux besoins des patients.
L’affiliation politique ne suffit pas à faire d’un secouriste une cible militaire licite. Amnesty International souligne que travailler pour une institution associée au Hezbollah ne supprime pas, en soi, la protection civile et ne justifie pas une attaque directe contre des personnes accomplissant des fonctions humanitaires.
Un avertissement d’évacuation ne rend pas automatiquement une attaque licite. La perte de la protection particulière d’un hôpital exige que des conditions juridiques précises soient réunies, notamment son utilisation pour commettre des actes nuisibles à l’ennemi en dehors de sa fonction humanitaire et le respect des exigences applicables en matière d’avertissement. Même dans ce cas, les règles de proportionnalité et de précaution restent obligatoires, et les patients ainsi que le personnel médical non impliqué demeurent protégés.
Les attaques contre les équipes de secours nécessitent un examen particulier
Les équipes d’urgence arrivent souvent immédiatement après une frappe, lorsque les blessés ont besoin d’une évacuation rapide. Une attaque ultérieure peut tuer les secouristes et empêcher l’aide d’atteindre les survivants.
Les signalements de frappes répétées sur des lieux d’intervention nécessitent des enquêtes rigoureuses sur leur chronologie, la visibilité des secouristes, l’identification des cibles et les informations dont disposaient les forces attaquantes. Attaquer délibérément des secouristes protégés accomplissant leurs fonctions humanitaires peut constituer un crime de guerre. Établir la responsabilité exige des preuves concernant chaque incident et l’intention criminelle pertinente.
Le personnel infirmier et les patients subissent des conséquences durables
Les dommages dépassent les personnes tuées ou blessées au moment de l’attaque. L’OMS a souligné des conséquences telles que l’interruption des traitements, la diminution de la vaccination et les obstacles à l’accès aux services de santé maternelle, sexuelle et reproductive. La perte de professionnels expérimentés affaiblit également la capacité du système de santé à se relever.
Au Liban, soutenir les soins doit donc inclure la sécurité du personnel infirmier, le versement régulier des salaires, des effectifs suffisants, des équipements de protection, des moyens de transport et un accompagnement psychologique. Les familles qui prennent soin de proches blessés ou en situation de handicap ont également besoin de services de réadaptation et d’une assistance sociale accessibles.
Les hôpitaux doivent être reconstruits comme des services pleinement opérationnels, disposant de personnel, d’équipements, de médicaments et d’un accès fiable à l’eau, à l’électricité et aux autres services essentiels.
Priorités pour le Liban et ses partenaires internationaux
La Journée internationale des soins et de l’assistance doit encourager des mesures concrètes :
- Prévenir les attaques illégales : protéger le personnel médical, les secouristes civils, les patients, les hôpitaux et les transports médicaux.
- Permettre les secours et les soins : garantir un accès rapide aux blessés et des évacuations médicales sûres.
- Enquêter sur les violations présumées : préserver les preuves et examiner les incidents individuels ainsi que les éventuels schémas de conduite illégale.
- Soutenir les victimes et leurs familles : assurer la réadaptation, les soins psychologiques, l’indemnisation et les autres formes appropriées de réparation.
- Rétablir les services de soins : financer des hôpitaux opérationnels, les services d’urgence et des soins communautaires accessibles à tous.
- Soutenir les professionnels : associer le personnel infirmier, les ambulanciers et les équipes de sauvetage aux décisions concernant leur sécurité et le relèvement.
Les professionnels du soin au Liban ont continué à servir leurs communautés malgré des dangers exceptionnels. Leur rendre hommage exige une protection effective et des comptes à rendre, ainsi qu’un investissement durable dans les services dont dépendent les vies humaines.
Les professionnels du soin doivent pouvoir sauver des vies sans devenir eux-mêmes des cibles.
Références publiques
- Nations Unies — Journée internationale des soins et de l’assistance
- Assemblée générale des Nations Unies — Résolution 77/317
- OMS — Liban : un conflit particulièrement destructeur pour les services de santé, 22 novembre 2024
- Human Rights Watch — Liban : les attaques israéliennes contre les secouristes constituent de possibles crimes de guerre, 30 octobre 2024
- Amnesty International — Israël doit mettre fin aux attaques contre les professionnels de santé, les établissements médicaux et les équipes de première intervention, 19 mars 2026
- Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme — Actualisation sur la situation des droits humains au Liban, avril 2026
- OMS — Bulletin sanitaire sur le Liban, 18 mars–28 avril 2026
- CICR — Liban : questions fréquentes sur le droit international humanitaire
- CICR — La protection des hôpitaux pendant les conflits armés : ce que dit le droit
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