Les personnes ne peuvent pas participer pleinement au développement lorsqu’elles ne peuvent pas savoir comment les décisions sont prises, où les ressources sont affectées ou comment accéder aux services essentiels. L’information aide les familles à obtenir une assistance, les journalistes à examiner les dépenses publiques et les communautés à influencer les projets qui concernent leur vie.
Au Liban, la Journée mondiale d’information sur le développement, célébrée le 24 octobre, offre l’occasion de relier le relèvement à la transparence, à l’inclusion numérique et aux droits humains. Reconstruire les institutions et les services exige des informations que les personnes peuvent obtenir, comprendre et utiliser.
L’Assemblée générale des Nations Unies a institué cette journée en 1972, par la résolution 3038 (XXVII), pour attirer l’attention sur les défis du développement et la nécessité de renforcer la coopération internationale. Sa date coïncide avec la Journée des Nations Unies. Elle souligne l’importance de la sensibilisation et de la participation du public, notamment des jeunes.
Pour le Liban, la question concrète est de savoir comment l’information peut permettre aux personnes d’exercer leurs droits et de contribuer au relèvement du pays.
L’information sur le développement doit répondre aux besoins quotidiens
L’information sur le développement comprend bien davantage que des annonces de projets.
Elle englobe les critères d’accès à l’aide, les procédures d’inscription scolaire, la couverture médicale, les plans municipaux, les évaluations environnementales et les informations sur les dépenses publiques. Sa valeur dépend de la capacité des personnes à l’utiliser.
Une famille qui cherche un soutien a besoin d’instructions claires sur les documents requis, les délais et les procédures de recours. Une communauté concernée par la reconstruction doit comprendre les travaux proposés, leur calendrier et les moyens de faire connaître ses préoccupations.
Les institutions libanaises devraient donc considérer une communication publique claire comme une composante de la prestation des services. Publier l’information n’est que la première étape ; la rendre compréhensible et utilisable est tout aussi important.
Le Liban dispose d’un cadre juridique pour l’accès à l’information
Le droit d’accès à l’information au Liban est consacré par la loi n° 28 du 10 février 2017, renforcé par la loi n° 233 du 22 juillet 2021, et soutenu par le décret n° 6940 du 24 septembre 2020.
Selon le Bureau du ministre d’État chargé de la Réforme administrative, ces textes définissent les obligations de publication proactive et de communication des informations sur demande.
Ce cadre constitue une base pour la transparence du développement et du relèvement. Son effet concret dépend toutefois de la conservation des documents, de la publication des informations requises et de réponses apportées selon des procédures claires.
Les personnes doivent pouvoir identifier le service responsable, déposer une demande et comprendre comment contester un refus ou une absence de réponse.
La mise en œuvre exige des capacités institutionnelles renforcées
Les données publiques montrent que les garanties juridiques doivent être soutenues par des pratiques administratives effectives.
La première évaluation de la Commission nationale de lutte contre la corruption sur l’application de la loi relative à l’accès à l’information, présentée avec le soutien du PNUD en 2025, couvrait plus de 1 400 administrations aux niveaux national et local. Elle a identifié plusieurs difficultés : faible institutionnalisation de l’application de la loi, nombre insuffisant de responsables de l’information, publication proactive limitée et obstacles techniques.
Les recommandations comprenaient la désignation de responsables de l’information, l’amélioration de la gestion des documents, le renforcement de l’application de la loi et le développement de la formation et de la sensibilisation.
Pour le Liban, ces constats appellent des mesures concrètes. Les institutions ont besoin de responsabilités clairement définies, de dossiers organisés et de systèmes de publication que les agents peuvent entretenir et actualiser.
Les progrès doivent être mesurés à partir des informations effectivement reçues par les personnes et de leur capacité à les utiliser.
Les dépenses de relèvement doivent être compréhensibles et ouvertes à l’examen public
Le relèvement crée des besoins urgents en dépenses publiques et en aide internationale. Une information accessible permet aux communautés d’évaluer si les ressources répondent à leurs besoins.
Les autorités et les partenaires des programmes doivent fournir des informations claires sur les objectifs des projets, leur financement, leurs achats, leur mise en œuvre et leurs résultats, tout en respectant les protections légitimes des informations personnelles et confidentielles.
La publication doit distinguer les engagements, les décaissements et les activités achevées. L’approbation d’un financement ne signifie pas qu’un projet a produit les bénéfices attendus.
Pour les habitants concernés, les informations utiles comprennent les zones couvertes, les critères de sélection des priorités et les services auprès desquels déposer une plainte. La transparence doit permettre un examen public tout au long de la mise en œuvre.
La transformation numérique offre des possibilités, mais l’inclusion doit la guider
Les services publics numériques peuvent réduire les déplacements, simplifier les procédures et améliorer la gestion de l’information. Leur valeur dépend toutefois de la capacité des personnes à y accéder et à les utiliser.
Le 27 janvier 2026, la Banque mondiale a annoncé l’approbation de 350 millions de dollars américains de financement répartis entre deux projets soutenant la protection sociale, l’inclusion économique et la transformation numérique au Liban. L’annonce identifiait également les lacunes institutionnelles et les capacités limitées de mise en œuvre comme des obstacles aux progrès numériques.
Ces investissements offrent une possibilité d’améliorer les services, mais leurs résultats doivent être évalués à travers l’expérience des usagers : les demandes deviennent-elles plus faciles ? Les délais diminuent-ils ? Les ménages exclus peuvent-ils obtenir une assistance ?
La numérisation doit s’accompagner d’une conception accessible, de formations pour les agents, d’infrastructures fiables et d’une assistance aux utilisateurs.
La connectivité est un enjeu de développement et de droits humains
L’accès à Internet influence l’éducation, le travail, l’information et la participation. L’extension des réseaux doit donc tenir compte du coût, de l’accessibilité et de la couverture géographique.
La Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture, a annoncé sa participation au processus de consultation organisé par l’Autorité de régulation des télécommunications sur la politique de déploiement de la fibre jusqu’au domicile. Sa contribution figurait parmi les propositions examinées dans ce cadre.
Cette participation illustre l’importance d’intégrer les considérations relatives aux droits humains dans les décisions concernant les infrastructures.
Au Liban, le développement des réseaux doit examiner si les ménages à faibles revenus, les communautés rurales et les personnes en situation de handicap peuvent en bénéficier. Une connexion fiable doit être accompagnée d’équipements, de compétences et de services utilisables.
Les services publics doivent rester accessibles hors ligne
Une procédure en ligne peut exclure une personne qui ne dispose pas d’une connexion, de compétences numériques ou d’un appareil adapté.
Les institutions publiques doivent donc maintenir des solutions concrètes, notamment des conseils par téléphone, une assistance au dépôt des demandes et un accueil en personne. Les formulaires et les instructions doivent utiliser un langage clair, et les sites web doivent être compatibles avec les technologies d’assistance.
Ces mesures sont particulièrement importantes pour les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les ménages déplacés et les personnes rencontrant des difficultés de lecture, d’écriture ou de documentation.
Ces usagers doivent être pris en compte dès la conception des services. Un système devient plus efficace lorsqu’il répond aux conditions réelles des personnes qu’il est destiné à servir.
La protection de la vie privée fait partie de systèmes d’information dignes de confiance
La transparence publique et la protection de la vie privée doivent être abordées ensemble.
Les institutions peuvent expliquer les budgets, les procédures et les résultats sans exposer des informations sensibles sur les bénéficiaires de l’aide ou les personnes qui déposent des plaintes. La collecte de données doit répondre à un objectif défini, avec des garanties appropriées et des contrôles d’accès.
Les personnes doivent comprendre pourquoi des informations leur sont demandées et comment elles seront utilisées. Lorsque des décisions affectent l’accès aux services essentiels, elles doivent pouvoir obtenir des explications et faire corriger les erreurs.
Le développement numérique inspire confiance lorsqu’il améliore la redevabilité tout en protégeant les personnes dont il traite les informations.
Le journalisme, l’éducation et la participation renforcent le développement
Les journalistes et la société civile contribuent à rendre les informations complexes compréhensibles pour le public. Ils peuvent examiner si les annonces de projets correspondent aux services réellement fournis et si les différentes communautés en bénéficient équitablement.
Les écoles et les universités peuvent également aider les jeunes à comprendre les budgets publics, à évaluer les sources et à participer aux discussions sur le développement.
Les institutions doivent soutenir ce travail par des documents accessibles, des explications claires et des réponses apportées en temps utile. Lorsque les informations changent, les mises à jour doivent être datées et les corrections clairement signalées.
Les communautés doivent aussi contribuer par leurs connaissances. Les habitants peuvent identifier des lacunes dans les services, des obstacles à l’accessibilité et des effets imprévus que les données administratives risquent de négliger.
Les priorités du Liban pour le 24 octobre
La Journée mondiale d’information sur le développement devrait encourager des engagements concrets :
- Appliquer les obligations d’accès à l’information, avec des responsables formés, des dossiers organisés et des procédures de demande claires.
- Publier des informations utiles sur le relèvement, notamment les financements, l’avancement de la mise en œuvre et les résultats.
- Concevoir des services numériques inclusifs, avec des interfaces accessibles et une assistance aux utilisateurs.
- Maintenir un accès non numérique, pour que les services essentiels restent disponibles aux personnes confrontées à des obstacles de connexion ou de compétences.
- Protéger les informations personnelles, tout en garantissant la transparence des décisions institutionnelles.
- Soutenir le journalisme et la compréhension du public, grâce à des données fiables et à une communication claire.
- Associer les communautés concernées, et expliquer comment leurs contributions influencent les politiques.
Le relèvement du Liban a besoin d’informations qui atteignent les personnes et leur permettent d’agir. Le 24 octobre, l’engagement doit être en faveur d’institutions qui expliquent leurs décisions, de services accessibles et de politiques de développement que les communautés peuvent contribuer à façonner.
Références officielles
- Nations Unies : Journée mondiale d’information sur le développement
- CNUCED : Journée mondiale d’information sur le développement — 24 octobre
- Bureau du ministre d’État chargé de la Réforme administrative : accès à l’information au Liban
- PNUD Liban : le droit d’accès à l’information
- PNUD Liban : premier rapport annuel sur l’application de la loi relative au droit d’accès à l’information
- PNUD : discussion de la Commission nationale de lutte contre la corruption sur l’accès à l’information et la transparence
- Banque mondiale : financement de la protection sociale, de l’autonomisation économique et de la transformation numérique au Liban
- Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture : contribution publiée à la consultation sur la fibre jusqu’au domicile
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