À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis, célébrée chaque année le 5 novembre, la Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture, appelle les autorités libanaises à publier une évaluation complète de la préparation du pays face aux tsunamis, à compléter le dispositif d’alerte précoce et d’évacuation du littoral et à mobiliser les ressources nécessaires pour que les avertissements parviennent à toutes les personnes exposées.
La Commission souligne que la réduction des risques de catastrophe est directement liée à la protection des droits à la vie, à l’accès à l’information, à la santé et à un logement convenable, ainsi que des droits des personnes handicapées. Cette responsabilité exige des mesures préventives avant la survenue d’une catastrophe et la traduction des connaissances scientifiques en procédures claires et éprouvées, assurant la protection de chacun sans discrimination.
Des risques connus qui appellent une préparation sans alarmisme
La Commission rappelle que la possibilité de tsunamis sur le littoral libanais repose sur des données historiques et des recherches scientifiques. Celles-ci comprennent les études consacrées au séisme et au tsunami ayant frappé la côte en 551, ainsi que les travaux sur les structures et failles sous-marines utiles à l’évaluation de l’aléa sismique. La source précise de l’événement de 551 reste débattue, ce qui souligne la nécessité d’actualiser les recherches et de comparer les scénarios possibles.
La Commission précise que ces données ne signifient pas qu’un tsunami est imminent et ne permettent pas de prévoir la date d’un prochain séisme. Tout séisme ne provoque pas un tsunami : cela dépend notamment des caractéristiques de sa source, des mouvements du fond marin et d’autres facteurs évalués par les spécialistes. Toutefois, l’impossibilité de prévoir la date d’une catastrophe ne justifie pas le report des mesures de préparation.
Les effets potentiels des vagues varient selon la topographie du littoral, la profondeur des eaux, l’altitude des terrains et le bâti. Il serait donc inapproprié d’appliquer une hauteur de vague ou un délai d’arrivée unique à l’ensemble de la côte libanaise. Des évaluations locales doivent identifier les zones susceptibles d’être submergées, les itinéraires d’évacuation et les zones sûres.
La concentration de logements, d’écoles, d’hôpitaux, de ports, de lieux de travail et d’établissements touristiques près de la mer rend la planification préalable indispensable à la protection des vies et à la continuité des services essentiels.
De la surveillance scientifique à une alerte qui parvient à la population
La Commission souligne la nécessité de distinguer l’absence de toute capacité d’alerte du besoin de vérifier l’existence d’un dispositif complet permettant d’avertir la population et d’assurer une évacuation sûre.
Selon le Conseil national de la recherche scientifique du Liban, le Centre national de géophysique assure la fonction de centre d’alerte aux tsunamis pour le pays. Il reçoit et évalue les alertes des centres régionaux avant de les transmettre à la Défense civile et aux autres autorités concernées. La Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO le répertorie également comme point focal opérationnel du Liban pour les alertes aux tsunamis.
Le Conseil comprend aussi le Centre national des risques naturels et de l’alerte précoce, qui exploite une plateforme nationale multirisque reliée à l’Unité de gestion des risques de catastrophe et aux salles d’opérations des gouvernorats. Ces capacités constituent une base institutionnelle et technique à soutenir et à renforcer. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à démontrer que les alertes aux tsunamis parviennent à toutes les personnes exposées et que celles-ci peuvent y donner suite.
La Commission estime que l’évaluation de la préparation doit couvrir toute la chaîne d’alerte : réception et analyse des données scientifiques, prise de décision, diffusion des avertissements au public, réception et compréhension des consignes, puis mise en sécurité des personnes.
Elle attire également l’attention sur la possibilité que le danger de tsunami coïncide avec des dommages sismiques aux routes, aux bâtiments et aux réseaux d’électricité et de télécommunication. Les plans doivent donc prévoir des communications de secours, des itinéraires d’évacuation vérifiés sur le terrain et des dispositions assurant la continuité des opérations en cas de défaillance des infrastructures.
Recommandations de la Commission
1. Élaborer des cartes détaillées des aléas, de l’exposition et de l’évacuation
La Commission appelle le Centre national de télédétection, en coopération avec les centres spécialisés en géophysique, en sciences marines et en risques naturels, ainsi qu’avec les universités, à élaborer et à actualiser des cartes détaillées des scénarios de submersion et d’exposition du littoral libanais.
Ce rôle s’appuie sur les compétences du Centre en matière de données satellitaires, de systèmes d’information géographique et d’aide à la décision spatiale. Ces données doivent être associées à des mesures altimétriques et bathymétriques, à une modélisation spécialisée et à des vérifications de terrain. Des cartes simplifiées destinées au public doivent indiquer les zones à risque, les itinéraires d’évacuation et les zones sûres.
2. Adopter un protocole national clair d’alerte et d’évacuation
La Commission appelle l’Unité de gestion des risques de catastrophe auprès de la présidence du Conseil des ministres, au Grand Sérail, à coordonner un protocole national précisant les organismes chargés de recevoir et d’évaluer les alertes, l’autorité habilitée à diffuser les avertissements et à ordonner l’évacuation, les responsabilités des gouvernorats, des municipalités et des services concernés, ainsi que la procédure de levée de l’alerte.
Cette recommandation s’inscrit dans le rôle de coordination nationale et locale de l’Unité. Les consignes destinées au public doivent être facilement accessibles afin d’éviter les messages contradictoires et les retards dans la prise de décision.
3. Tester la diffusion des alertes et l’efficacité de la réponse
La Commission recommande des exercices conjoints réguliers mesurant les délais de transmission, la réception et la compréhension des avertissements, ainsi que la faisabilité de l’évacuation. Leurs résultats et les mesures correctives doivent être publiés.
Il convient d’évaluer le recours à la diffusion cellulaire, aux sirènes, à la radio, à la télévision et aux moyens de communication locaux, tout en prévoyant des solutions de remplacement en cas de coupure d’électricité ou d’internet. Le dispositif ne doit pas reposer uniquement sur une application mobile ou sur les réseaux sociaux.
4. Aménager les itinéraires d’évacuation et les zones sûres
La Commission appelle à définir les itinéraires sur la base d’études locales, à installer une signalétique claire et compréhensible, à supprimer les obstacles et à organiser des exercices dans les écoles, les hôpitaux, les ports, les lieux de travail et les établissements touristiques, avec la participation des habitants, des municipalités, de la Défense civile et des autorités compétentes.
Toute désignation d’un bâtiment pour l’évacuation verticale doit être précédée d’une expertise technique évaluant sa sécurité et son adéquation, notamment sa capacité à résister aux dommages potentiels et à rester accessible.
5. Garantir l’accessibilité et une protection sans discrimination
Les plans doivent tenir compte des besoins des enfants, des personnes âgées, des personnes handicapées, des patients et des personnes travaillant près de la mer, ainsi que des personnes déplacées, des migrants et des touristes.
Cela implique des avertissements sonores, visuels et textuels, dans des langues appropriées, des dispositifs d’assistance à l’évacuation, la participation des personnes concernées et de leurs organisations représentatives à la planification et aux exercices, ainsi que la protection des données personnelles.
6. Assurer le financement et renforcer la transparence et la responsabilité
La Commission demande la publication d’une évaluation nationale présentant les capacités existantes, les lacunes, les mesures correctives, les institutions responsables et les échéances de mise en œuvre, tout en protégeant les informations sensibles relatives à la sécurité des infrastructures.
Elle recommande également un financement durable pour l’exploitation et l’entretien des équipements de surveillance et de communication, la formation des équipes et l’intégration du risque de tsunami dans l’aménagement du littoral et la protection des installations et services essentiels.
Reconnaître les signes naturels du danger peut sauver des vies
S’appuyant sur les consignes des Nations Unies, la Commission rappelle que les vagues peuvent arriver avant la diffusion d’une alerte officielle. Toute personne située près du littoral qui ressent une secousse forte ou prolongée, observe un retrait inhabituel ou une montée soudaine de la mer, ou entend un grondement inhabituel doit, dès la fin des secousses, gagner immédiatement un lieu élevé ou s’éloigner du rivage vers l’intérieur des terres en suivant un itinéraire sûr. Elle ne doit pas attendre un message téléphonique ni s’approcher de la mer pour prendre des photos.
Il ne faut pas revenir après le retrait de la première vague, car les suivantes peuvent être plus importantes. Le retour doit attendre l’annonce de la fin du danger par les autorités compétentes.
La Commission souligne que la sensibilisation individuelle doit s’appuyer sur des services publics et des plans clairs et utilisables. Protéger les populations côtières exige que chacun comprenne l’alerte, connaisse l’itinéraire à suivre et sache où obtenir de l’aide. Les institutions doivent pouvoir assumer leurs responsabilités même lorsque les infrastructures sont perturbées.
La Commission affirme que l’alerte précoce atteint son objectif lorsqu’elle parvient aux personnes concernées et déclenche des actions qui protègent leur vie. Elle appelle à transformer les capacités scientifiques existantes en un dispositif intégré et éprouvé de prévention, d’alerte et d’évacuation.
Ressources
Sites internet utiles
- Nations Unies : Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis.
- Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe : Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis.
- UNESCO : Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis.
- Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe.
- Programme des Nations Unies pour le développement : livres de sensibilisation aux tsunamis.
- ONU Femmes : risques liés aux tsunamis.
- Plateforme des Nations Unies pour l’information d’origine spatiale aux fins de la gestion des catastrophes et des interventions d’urgence : tsunamis.
- Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO : réduction des risques de tsunami et systèmes d’alerte précoce.
Sources relatives au Liban
- Conseil national de la recherche scientifique : Centre national de géophysique.
- Conseil national de la recherche scientifique : Centre national de télédétection.
- Centre national des risques naturels et de l’alerte précoce.
- UNESCO : participation du Liban aux mécanismes de coordination et d’alerte aux tsunamis.
- PNUD : renforcement des capacités de gestion des risques de catastrophe au Liban.
Documents de référence
- Résolution 70/203 de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis.
- Rapport 2025 sur l’état mondial des systèmes d’alerte précoce multidangers.
- Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015–2030, approuvé par la résolution 69/283 de l’Assemblée générale.
- Cadre d’action de Hyogo pour 2005–2015 — document en arabe.
هذه المقالة متاحة أيضًا بـ:



