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Journée internationale des femmes rurales 2026 : le relèvement du Liban exige de reconnaître leur travail, de protéger leurs droits et d’investir dans leur leadership

Dans les villages et les communautés agricoles du Liban, les femmes contribuent à maintenir la production alimentaire, à préserver les savoirs locaux et à soutenir les moyens de subsistance des familles. Elles cultivent, transforment les aliments, dirigent de petites entreprises et organisent des initiatives collectives. Mais reconnaître leur contribution doit aller au-delà de la célébration de leur persévérance : cela exige des possibilités économiques équitables, une protection effective et une voix qui compte dans les décisions concernant la vie rurale.

La Journée internationale des femmes rurales, célébrée le 15 octobre, offre l’occasion de placer ces priorités au cœur du relèvement du Liban. Dans un pays confronté à des pressions économiques, environnementales et liées au conflit, soutenir les femmes rurales est essentiel pour reconstruire les moyens de subsistance et renforcer la sécurité alimentaire.

Cette journée s’inscrit également dans l’Année internationale des agricultrices 2026, portée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cette initiative met en lumière les contributions des femmes à toutes les étapes des systèmes agroalimentaires et appelle à lever les obstacles liés aux droits fonciers, au financement, à l’appui technique, aux services et à l’éducation.

Le thème Beijing+30 cité sur la page des Nations Unies, « L’essor des femmes rurales : façonner des avenirs résilients avec Beijing+30 », correspond à la célébration de 2025. Son accent sur les moyens de subsistance, le leadership et les droits reste pertinent, mais il ne doit pas être présenté comme un thème confirmé pour 2026.

Rendre visible la contribution des femmes rurales

Le travail des femmes rurales dépasse les emplois officiellement recensés dans les exploitations ou les entreprises. Il comprend le travail agricole saisonnier, la transformation alimentaire, la production familiale et les responsabilités qui permettent aux ménages de fonctionner.

Les recherches d’ONU Femmes sur les secteurs agricole et agroalimentaire au Liban décrivent un travail féminin souvent invisible ou non comptabilisé. Elles soulignent également son caractère saisonnier, informel et fréquemment à temps partiel, ainsi que les problèmes particuliers de protection rencontrés par les réfugiées syriennes travaillant dans l’agriculture.

Cette situation pose un défi concret aux politiques publiques libanaises. Si les programmes d’aide ne reconnaissent que les propriétaires d’entreprises enregistrées ou les personnes disposant de documents attestant un emploi formel, ils risquent d’exclure des femmes dont le travail est essentiel à la production, mais insuffisamment documenté.

Les dispositifs de soutien agricole doivent donc identifier qui travaille réellement, qui contrôle les ressources et les revenus, et qui bénéficie de l’aide. Les femmes doivent être reconnues comme productrices, travailleuses et décideuses à part entière.

Cette reconnaissance nécessite aussi de meilleures données. Les chiffres anciens doivent être clairement datés, et les statistiques mondiales sur les salaires agricoles ou la propriété foncière ne doivent pas être présentées comme des mesures de la situation au Liban.

Les coopératives constituent une base pour la participation économique

Le Liban dispose d’une expérience documentée en matière de soutien aux coopératives féminines et aux groupements de productrices.

En juillet 2024, la FAO indiquait que son projet financé par le Canada, mis en œuvre avec le ministère de l’Agriculture et la Direction générale des coopératives, avait renforcé les capacités de 255 groupes de femmes depuis son lancement en 2019. Il s’agissait de coopératives, d’associations et de groupes informels. Les écoles de gestion coopérative proposaient des formations en planification d’entreprise, en marketing et en communication, ainsi que des activités de sensibilisation à l’égalité entre les sexes et aux droits des femmes.

Cette expérience montre l’intérêt d’associer les équipements ou les subventions à un accompagnement continu. Une unité de production a besoin de davantage que de machines : elle doit pouvoir calculer ses coûts de manière réaliste, disposer d’approvisionnements fiables, appliquer des pratiques de sécurité sanitaire des aliments, trouver des acheteurs et gérer les risques financiers.

Les futurs dispositifs de soutien devraient aider les groupes de femmes à générer des revenus durables. Ils peuvent notamment prévoir des installations partagées de transformation, de stockage et de conditionnement, des solutions de transport et des liens avec les détaillants et les acheteurs institutionnels.

L’adhésion à une coopérative doit également se traduire par une influence réelle. Les femmes doivent pouvoir participer à la gestion, comprendre les décisions financières et contribuer à déterminer la répartition des revenus.

Les femmes rurales contribuent déjà au relèvement

Un récit publié par la FAO en mai 2025 montre comment l’investissement dans les compétences et l’organisation des femmes peut soutenir les communautés en période de crise.

À Dalhamieh, dans la Bekaa, Mirna Soleh et un groupe de femmes avaient créé une unité de séchage de fruits et légumes avec l’appui du projet. Lorsque le conflit a perturbé les marchés et restreint les déplacements, elles ont travaillé avec une association locale de secours pour transformer cette installation en cuisine communautaire.

Au moment du reportage de la FAO, les femmes préparaient et distribuaient plus de 1 250 repas chauds par jour à des familles déplacées et à des ménages vulnérables, tout en percevant une modeste indemnité journalière.

Cet exemple montre que les entreprises des femmes rurales peuvent contribuer à la fois aux moyens de subsistance et à la réponse aux urgences. Il soulève aussi une question importante pour les politiques publiques : comment transformer ces contributions en un travail correctement rémunéré et protégé, plutôt qu’en une responsabilité supplémentaire imposée aux femmes à chaque crise ?

Les programmes de relèvement doivent reconnaître la valeur du temps et du travail des femmes. Leur participation doit s’accompagner d’une rémunération équitable, de conditions sûres et de possibilités qui perdurent au-delà des financements d’urgence.

Protéger les moyens de subsistance agricoles pendant le conflit

Le relèvement rural doit répondre aux perturbations de l’agriculture, de la production et de l’accès aux marchés.

En avril 2026, le ministère de l’Agriculture et la FAO ont annoncé une initiative financée par le Japon, destinée à soutenir environ 230 ménages agricoles vulnérables engagés dans la production végétale et animale dans les gouvernorats du Sud et de Nabatiyeh. La conception annoncée du projet prévoyait qu’au moins 30 % des bénéficiaires seraient des femmes, notamment des femmes cheffes de ménage.

Ces engagements sont importants, mais leur mise en œuvre doit aller au-delà du décompte des participantes. Les programmes doivent examiner si les femmes reçoivent une aide adaptée, conservent le contrôle des actifs productifs et des revenus, et peuvent poursuivre leurs activités en sécurité.

Le soutien doit être adapté aux différentes situations. Une femme qui dirige une exploitation, une travailleuse saisonnière et une membre d’une coopérative de transformation alimentaire peuvent avoir besoin de formes d’assistance différentes.

La planification du relèvement doit également éviter d’encourager le retour sur des terres ou dans des locaux dangereux. Restaurer les moyens de subsistance exige une coordination entre le soutien agricole, les évaluations de sécurité, la réparation des infrastructures et l’accès aux services essentiels.

L’autonomisation économique exige une protection juridique

Les formations et les subventions aux entreprises ne peuvent pas résoudre tous les obstacles auxquels les femmes rurales sont confrontées.

La revue d’ONU Femmes consacrée au cadre législatif régissant le travail des femmes dans le secteur agroalimentaire au Liban considère la protection juridique comme une préoccupation centrale. Ses recommandations comprennent l’intégration des agricultrices parmi les catégories couvertes par le Code du travail.

Cette analyse constitue une base pour examiner les lacunes de protection dans le travail agricole et élaborer des réformes éclairées par les expériences des femmes.

Les priorités doivent inclure des modalités claires de paiement, la sécurité au travail, la protection contre le harcèlement et l’exploitation, ainsi que des moyens accessibles de demander de l’aide lorsque les droits sont violés. Les travailleuses saisonnières et informelles doivent être associées à ces discussions.

Les conseils juridiques doivent également être accessibles dans la pratique. Les femmes rurales doivent pouvoir obtenir des informations compréhensibles sur l’emploi, l’adhésion aux coopératives, l’utilisation des terres et l’enregistrement des entreprises, sans coûts ni déplacements prohibitifs.

L’autonomisation économique devient effective lorsque les femmes peuvent gagner un revenu, en garder la maîtrise et faire valoir leurs droits.

Réduire les écarts d’accès à l’information et au numérique

L’accès à des informations au bon moment peut déterminer la capacité d’une agricultrice à protéger sa récolte, à trouver un acheteur ou à prendre une décision d’investissement éclairée.

Dans un rapport d’avril 2026 sur une initiative visant à maintenir les agriculteurs du Liban connectés, la FAO indiquait avoir atteint 1 193 agriculteurs et agricultrices, dont 44 % de femmes. L’initiative soutenait également la participation des femmes aux discussions collectives et aux processus de décision. Ces chiffres concernent les participants au programme et ne constituent pas des statistiques nationales sur la main-d’œuvre agricole.

Au Liban, le soutien numérique devrait associer la connectivité à une formation pratique. Les femmes peuvent avoir besoin d’un accompagnement pour utiliser les informations sur les marchés, les prévisions météorologiques, les paiements numériques et les outils de vente en ligne.

Les programmes doivent aussi proposer des solutions aux personnes qui ne disposent pas de smartphones, d’une connexion fiable ou de suffisamment d’aisance pour utiliser les services numériques. Le conseil agricole en présentiel et les réseaux locaux de confiance restent importants.

L’inclusion numérique doit élargir les choix des femmes et renforcer leur pouvoir de négociation, tout en protégeant leur vie privée et leur sécurité financière.

La résilience climatique doit intégrer les connaissances et les besoins des femmes

L’adaptation agricole doit associer les femmes qui cultivent, transforment et gèrent la production alimentaire.

Au Liban, un soutien concret pourrait comprendre une irrigation économe en eau, la protection des sols, le choix de cultures adaptées, un stockage sûr et une transformation économe en énergie. Les formations doivent être liées à des outils abordables et à un accompagnement ultérieur.

Les femmes doivent participer aux décisions concernant les ressources en eau partagées, les investissements coopératifs et les priorités locales d’adaptation. Leur expérience peut aider à déterminer quelles mesures sont applicables dans les conditions réelles des ménages et de la production.

La protection de l’environnement doit aussi bénéficier d’un soutien économique. Préserver les variétés locales, réduire les pertes alimentaires et adopter des pratiques durables ne doivent pas devenir des responsabilités supplémentaires non rémunérées.

Les services publics font partie de la politique économique rurale

La capacité d’une femme à participer à une formation, à exercer un emploi ou à gérer une coopérative dépend en partie de services extérieurs au secteur agricole.

Des transports abordables, des soins de santé, des services de garde d’enfants et un accès fiable à l’eau et à l’électricité peuvent rendre les possibilités économiques réellement utilisables. Sans ces services, un programme peut être disponible en théorie, mais inaccessible dans la pratique.

Les horaires de formation doivent tenir compte des responsabilités familiales et des contraintes de déplacement. Les installations doivent être accessibles aux femmes en situation de handicap, et les informations doivent atteindre celles qui ne sont pas déjà liées à des organisations établies.

Le soutien aux moyens de subsistance ruraux exige donc une coordination entre les institutions agricoles, les municipalités, les services sociaux et les organisations de défense des droits des femmes.

Donner aux femmes rurales une voix dans les décisions

Les femmes rurales doivent contribuer à façonner les politiques destinées à les soutenir.

Leur participation compte dans la planification agricole, le développement municipal, la gouvernance des coopératives et les programmes de relèvement. Les consultations doivent inclure les petites productrices, les travailleuses saisonnières, les femmes en situation de handicap et celles dont les activités restent informelles.

Les institutions doivent expliquer comment les recommandations des femmes influencent les décisions et leur communiquer les résultats. La participation devient effective lorsqu’elle peut modifier les priorités, les budgets ou la conception des programmes.

Les institutions indépendantes de défense des droits humains peuvent contribuer en examinant les discriminations, en recevant des plaintes dans le cadre de leurs mandats et en recommandant des améliorations. Une approche fondée sur les droits relie le relèvement économique à l’égalité, à la protection et à la redevabilité.

Les priorités du Liban pour le 15 octobre

La Journée internationale des femmes rurales devrait encourager des engagements concrets :

  • Reconnaître le travail des femmes : améliorer les données sur leurs contributions rémunérées, informelles et non rémunérées aux économies rurales.
  • Renforcer la protection juridique : combler les lacunes qui affectent les travailleuses agricoles et leur accès aux recours.
  • Investir dans des entreprises viables : relier les subventions et les formations aux marchés, aux infrastructures et à un accompagnement continu.
  • Garantir une aide au relèvement équitable : évaluer l’accès des femmes aux actifs, aux revenus et à des possibilités de subsistance sûres.
  • Développer les services publics : intégrer les transports, la santé, la garde d’enfants et les formations accessibles au développement rural.
  • Soutenir l’adaptation climatique et l’inclusion numérique : fournir des outils pratiques en complément des informations et des compétences.
  • Partager le pouvoir de décision : associer les femmes rurales à la conception, à la gouvernance et au suivi des programmes.

Les femmes rurales du Liban contribuent déjà à la production alimentaire, au soutien des communautés et au relèvement. Les politiques publiques doivent répondre à cette contribution par des droits, des ressources et une influence réelle. Le 15 octobre, l’engagement doit être de construire des communautés rurales où le travail des femmes est visible, leurs moyens de subsistance sont protégés et leur leadership peut façonner l’avenir.

Références officielles

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NHRCLB
NHRCLBhttps://nhrclb.org
مؤسسة وطنية مستقلة منشأة بموجب القانون 62/ 2016، تتضمن آلية وقائية وطنية للتعذيب (لجنة الوقاية من التعذيب) عملاً بأحكام القانون رقم 12/ 2008 (المصادقة على البروتوكول الاختياري لاتفاقية مناهضة التعذيب). An independent national institution established under Law No. 62/2016, which includes a National Preventive Mechanism against torture (the Committee for the Prevention of Torture), in accordance with the provisions of Law No. 12/2008 (ratifying the Optional Protocol to the Convention against Torture). Une institution nationale indépendante établie en vertu de la loi n° 62/2016, qui comprend un mécanisme national de prévention de la torture (le Comité pour la prévention de la torture), conformément aux dispositions de la loi n° 12/2008 (ratifiant le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture).