Le 11 octobre, la Journée internationale de la fille appelle à agir pour mettre fin au mariage des enfants et investir dans les droits des filles. Au Liban, ce message revêt une urgence particulière. Les difficultés économiques, les déplacements de population, les interruptions de la scolarité et les obstacles à l’accès aux soins peuvent réduire les possibilités offertes aux filles et les exposer à la violence et à l’exploitation. Leur protection exige une action coordonnée dans les domaines de la législation, de l’éducation, de la santé, de la protection sociale et de l’accès à la justice, ainsi qu’une participation effective des filles elles-mêmes.
Les Nations Unies célèbrent chaque année la Journée internationale de la fille le 11 octobre. Instituée par la résolution 66/170 de l’Assemblée générale, adoptée le 19 décembre 2011, cette journée reconnaît les droits des filles et les difficultés particulières auxquelles elles sont confrontées.
Le thème de 2026, « Mettre fin au mariage des enfants et investir dans les droits des filles ! », a été élaboré à travers des consultations avec des filles, des organisations qui défendent leurs droits, des réseaux dirigés par des filles, la société civile et des partenaires des Nations Unies. Il souligne l’importance de protéger l’enfance et de permettre à chaque fille d’apprendre, de grandir et de façonner son avenir.
Pour la Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture (CNDH-CPT), cette occasion permet de relier les engagements internationaux aux réalités quotidiennes des filles vivant au Liban.
La question centrale est concrète : que faut-il changer pour que chaque fille puisse poursuivre sa scolarité, recevoir des soins adaptés, vivre à l’abri de la violence et participer aux décisions qui concernent sa vie ?
Pourquoi les droits des filles doivent être au cœur du relèvement du Liban
Les droits des filles sont étroitement liés aux conditions de vie des familles. Lorsque les moyens de subsistance se dégradent, que la scolarisation devient inaccessible ou que les communautés sont déplacées, les inégalités existantes peuvent s’aggraver.
L’UNICEF a documenté la manière dont les crises multiples au Liban ont poussé des familles vulnérables à adopter des stratégies d’adaptation préjudiciables, notamment le mariage des enfants. Ses rapports relèvent ces pressions au sein des communautés libanaises comme syriennes, soulignant la nécessité de répondre à l’insécurité économique sans stigmatiser aucune population.
Cela ne signifie pas que toute fille confrontée à la pauvreté ou au déplacement sera mariée avant l’âge adulte. Cela signifie que la prévention doit s’attaquer aux circonstances qui restreignent les choix et affaiblissent la protection.
Au Liban, investir dans les filles devrait donc faire partie de la planification du relèvement. Les aides à la scolarisation, les logements sûrs, les soins de santé, la protection sociale et les services accessibles de protection de l’enfance peuvent aider les familles à surmonter les difficultés tout en préservant les perspectives des filles.
Les droits des filles doivent rester protégés pendant les situations d’urgence et tout au long de la reconstruction. Leurs besoins doivent orienter la réouverture des écoles, l’organisation des services et les modalités d’acheminement de l’aide aux ménages.
Mettre fin au mariage des enfants : une priorité en matière de droits humains
L’UNICEF considère le mariage avant l’âge de 18 ans comme une violation fondamentale des droits humains. Il identifie plusieurs facteurs qui interagissent, notamment la pauvreté, les normes sociales préjudiciables, l’idée que le mariage offre une protection et l’insuffisance des cadres juridiques.
Le mariage des enfants peut interrompre la scolarité, limiter l’autonomie et exposer les filles à des responsabilités et à des risques auxquels elles ne sont pas préparées. Il peut également rendre plus difficile la recherche d’aide, le maintien des amitiés ou l’accès futur à l’emploi.
La prévention exige une protection juridique et des solutions concrètes. Les familles confrontées à des difficultés financières ont besoin d’un soutien permettant aux enfants de rester à l’école et de vivre en sécurité. Les filles à risque doivent pouvoir bénéficier d’une assistance confidentielle et de l’intervention de professionnels capables d’agir avant qu’un préjudice ne survienne.
Les filles déjà mariées doivent elles aussi recevoir un soutien. Elles conservent leurs droits à l’éducation, à la santé, à la protection et à l’accès à la justice. Les services doivent leur être accessibles sans culpabilisation ni discrimination.
Renforcer la protection juridique au Liban
Les organes des Nations Unies chargés des droits humains ont recommandé à plusieurs reprises au Liban de renforcer la protection contre le mariage des enfants. Dans ses observations finales de 2017, le Comité des droits de l’enfant a exhorté le Liban à adopter une législation fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans pour les filles et les garçons, et à associer les autorités religieuses à l’interdiction du mariage des enfants. Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a également recommandé l’adoption d’une loi interdisant le mariage des enfants et fixant l’âge minimum à 18 ans.
Ces recommandations définissent une orientation claire pour la réforme : une protection cohérente des enfants, une mise en œuvre effective et l’accès à des recours.
Dans sa déclaration de mars 2025 sur les droits des femmes, la CNDH-CPT a relevé des lacunes juridiques et procédurales qui compromettent l’égalité et a appelé à renforcer la protection contre le mariage des enfants et le mariage forcé. Elle a également préconisé une réforme de la législation relative au statut personnel et un meilleur accès à la justice.
Une réponse globale devrait fixer l’âge minimum du mariage à 18 ans, sans exception, et définir clairement les responsabilités en matière de prévention et d’application de la loi. Les mesures juridiques doivent s’accompagner de professionnels formés, d’une assistance juridique et de services de protection.
La mise en œuvre doit protéger les filles sans les exposer à des sanctions supplémentaires ou à l’exclusion. Les filles déjà concernées par le mariage ont besoin de voies d’accès au soutien, aux documents officiels et aux recours.
Maintenir les filles à l’école
L’éducation est essentielle à la réalisation des droits des filles et à la prévention du mariage des enfants. La poursuite de la scolarité peut élargir leurs perspectives, renforcer leurs liens sociaux et leur donner accès à des adultes de confiance et à des services de soutien.
L’analyse de l’UNICEF sur les privations subies par les enfants au Liban décrit le lien entre l’interruption de la scolarité et le mariage des enfants : un accès limité à l’éducation peut accroître la vulnérabilité au mariage précoce, tandis que le mariage peut entraîner l’abandon scolaire.
La réponse éducative au Liban doit prendre en compte l’ensemble des obstacles rencontrés par les filles. Ceux-ci peuvent inclure les frais de transport, le coût du matériel scolaire, l’inaccessibilité des bâtiments, les préoccupations de sécurité, les responsabilités de soins au sein du foyer et les lacunes d’apprentissage liées aux déplacements.
Les écoles ont besoin de procédures efficaces de protection des enfants et de mécanismes d’orientation lorsqu’une élève subit des violences ou des pressions pour se marier. Les enseignants doivent recevoir des conseils pour repérer les situations préoccupantes et y répondre de manière appropriée.
Les filles qui ont quitté l’école doivent pouvoir reprendre leur scolarité grâce à des dispositifs d’apprentissage flexibles et à des programmes de rattrapage. Le mariage ou la grossesse ne doivent pas devenir des obstacles permanents à l’éducation.
Les investissements doivent également favoriser l’accès des filles aux sciences, aux technologies, à la formation professionnelle et aux compétences numériques, afin qu’elles puissent poursuivre leurs ambitions au-delà des attentes qui limitent leurs choix.
Reconnaître le rôle du ministère de la Santé publique
La prévention du mariage des enfants relève également de la responsabilité de la santé publique.
Le ministère de la Santé publique a précédemment collaboré avec le Rassemblement démocratique des femmes libanaises pour sensibiliser aux risques sanitaires associés au mariage des enfants, dans le cadre de la campagne « Pas avant 18 ans ». Ce partenariat a reconnu l’importance de l’engagement du secteur de la santé dans la protection des enfants.
Le programme de santé reproductive du ministère présente également des services préventifs assurés dans le cadre des soins de santé primaires, notamment l’information sanitaire, la fourniture de produits et de matériel, ainsi que la formation des prestataires.
Pour les adolescentes, ces services doivent être accessibles, adaptés à leur âge et respectueux. Les filles ont besoin d’informations exactes, de soins qui préservent leur dignité et leur vie privée, ainsi que d’explications claires sur la confidentialité et les procédures de protection.
Les professionnels de santé doivent être formés pour reconnaître les problèmes de protection, notamment la contrainte et la violence, et orienter les filles vers les services appropriés. Les filles déjà mariées ou enceintes doivent recevoir des soins sans jugement et bénéficier d’un soutien pour poursuivre leurs études et participer aux décisions concernant leur vie.
Relier la santé, la protection et le soutien psychosocial
Les filles confrontées à la violence ou à la contrainte peuvent avoir besoin de plusieurs formes d’assistance simultanément. Les soins de santé, le soutien psychosocial, la protection de l’enfance et l’aide juridique doivent fonctionner ensemble grâce à des mécanismes d’orientation sûrs.
Une initiative récente offre un exemple pertinent. Le 31 octobre 2025, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et l’UNICEF ont lancé « Mustaqbali Khayari » — « Mon avenir, mon choix », un programme de deux ans soutenu par la Suède et élaboré en collaboration avec les ministères libanais des Affaires sociales et de la Santé publique.
Le programme vise à protéger les femmes et les filles vulnérables contre les violences fondées sur le genre et les pratiques préjudiciables, en particulier le mariage des enfants. Il associe l’autonomisation des adolescentes à la santé reproductive, à la protection, à la santé mentale et au soutien psychosocial, tout en prévoyant la formation des professionnels de première ligne.
Cette approche intégrée reconnaît que les besoins de protection relèvent rarement d’un seul secteur.
Au Liban, la coordination doit permettre aux filles d’obtenir de l’aide sans devoir raconter à plusieurs reprises des expériences éprouvantes ni se déplacer entre des services déconnectés. Le partage d’informations doit préserver la vie privée et respecter les procédures de protection appropriées.
Soutenir les familles et agir sur les normes sociales préjudiciables
La prévention doit mobiliser les familles et les communautés tout en protégeant les droits des filles.
Au Liban, l’initiative QUDWA s’attaque aux facteurs sociaux et comportementaux qui favorisent les pratiques préjudiciables, notamment le mariage des enfants, le travail des enfants et la violence. L’UNICEF décrit la participation des personnes qui s’occupent des enfants, des adolescents et des responsables religieux à cette démarche.
Le dialogue communautaire doit permettre de remettre en question les idées qui limitent l’avenir des filles ou présentent le mariage comme une réponse à la pauvreté et à l’insécurité.
Ce dialogue est plus efficace lorsque les familles peuvent accéder à un soutien concret. Les aides financières, une scolarité abordable, les soins de santé et les possibilités de subsistance peuvent réduire les pressions qui fragilisent la protection des enfants.
Les garçons et les hommes ont également un rôle à jouer pour combattre la discrimination, rejeter la violence et soutenir l’égalité des chances. La responsabilité de la prévention doit être partagée entre les familles, les institutions et les communautés.
Protéger les filles pendant les déplacements et les situations d’urgence
Les réponses humanitaires doivent tenir compte des risques qui touchent les filles de manière particulière.
Un hébergement sûr, un éclairage adéquat, des installations sanitaires préservant l’intimité, des services accessibles et des informations fiables peuvent déterminer la capacité des filles à se déplacer en sécurité et à demander de l’aide. La continuité de l’éducation et le soutien aux familles sont également essentiels.
Les travaux de la CNDH-CPT sur les droits humains en période de conflit ont soulevé des préoccupations concernant le risque de mariage précoce lié aux pressions économiques pendant les déplacements. Ses rapports ont également souligné les effets des interruptions de la scolarité sur la protection de l’enfance.
La planification de la protection doit donc prendre en compte les filles dès le départ. Les évaluations doivent identifier les obstacles rencontrés par les filles déplacées, les filles en situation de handicap et celles qui ne disposent pas de documents fiables.
L’assistance doit être fondée sur les besoins et fournie sans discrimination. La communication publique doit éviter de rendre les communautés réfugiées ou déplacées responsables de ces problèmes et s’attaquer aux circonstances qui créent la vulnérabilité.
Donner aux filles une voix qui compte
Les filles doivent participer aux décisions concernant les services et les politiques destinés à les soutenir.
Les écoles, les municipalités, les institutions publiques et la société civile peuvent créer des possibilités sûres permettant aux filles d’exprimer leurs préoccupations et de proposer des solutions. Leurs points de vue peuvent améliorer les modalités de transport, les programmes d’apprentissage, l’accès aux soins et les activités communautaires.
Cette participation doit être adaptée à l’âge, accessible et volontaire. Elle doit inclure les filles non scolarisées, déplacées ou en situation de handicap.
Les institutions doivent expliquer comment les contributions des filles seront utilisées et les informer des décisions qui en résultent. La consultation devient effective lorsqu’elle peut influencer les résultats.
Les filles doivent également garder la maîtrise de leurs récits. Les activités de sensibilisation publique doivent protéger leur identité et éviter d’exposer les enfants à la stigmatisation, aux représailles ou à une attention non souhaitée.
Renforcer la redevabilité et la contribution de la CNDH-CPT
La protection des filles exige des institutions qui réagissent lorsque leurs droits sont menacés.
Dans le cadre de son mandat, la CNDH-CPT peut contribuer à cette protection en recevant des plaintes, en surveillant les violations, en examinant les politiques et la législation, en menant des actions de sensibilisation et en recommandant des améliorations.
Ses travaux publiés sur les droits des femmes ont appelé à une application plus effective des mesures de protection contre la violence, à une formation professionnelle spécialisée et à l’accès à un soutien juridique.
Pour les filles, les mécanismes de plainte et d’orientation doivent être compréhensibles, accessibles et adaptés à l’âge et au handicap. Le signalement ne doit pas exposer une enfant à des représailles ou à de nouveaux préjudices.
Des données fiables sont également indispensables. Le Liban a besoin d’informations qui distinguent les tendances nationales des résultats concernant des groupes, des régions ou des périodes spécifiques. Les chiffres anciens ne doivent pas être présentés comme des estimations actuelles de la prévalence.
La collecte de données doit soutenir la prévention et la planification des services tout en protégeant la vie privée des enfants.
Traduire le thème de 2026 en actions au Liban
Les priorités pour le Liban devraient comprendre :
- Renforcer la protection juridique : assurer une protection cohérente contre le mariage avant 18 ans et des recours effectifs pour les enfants à risque.
- Maintenir les filles dans le système éducatif : éliminer les obstacles financiers, d’accessibilité et de sécurité, et soutenir le retour à l’apprentissage.
- Améliorer l’accès aux soins : proposer des services adaptés aux adolescentes, reliés à la protection et au soutien psychosocial.
- Soutenir les familles : associer la prévention à la protection sociale et aux aides qui réduisent les pressions économiques.
- Protéger les filles dans les situations d’urgence : intégrer leurs besoins dans la planification de l’hébergement, de l’éducation et du relèvement.
- Remettre en question les normes préjudiciables : travailler avec les communautés, les personnes qui s’occupent des enfants et les responsables religieux, tout en défendant les droits de l’enfant.
- Garantir la participation des filles : leur offrir des possibilités sûres d’influencer les politiques et les services.
- Renforcer la redevabilité : améliorer les mécanismes d’orientation et de plainte, la formation professionnelle et la collecte responsable des données.
La Journée internationale de la fille 2026 offre au Liban l’occasion de relier ces priorités aux efforts nationaux et communautaires en cours.
Chaque fille au Liban doit pouvoir vivre son enfance, poursuivre son éducation, recevoir des soins, vivre à l’abri de la violence et façonner son avenir. Pour concrétiser cet engagement, il faut des investissements durables, une protection effective et des institutions qui écoutent les filles et agissent pour faire respecter leurs droits.
Références officielles
- Nations Unies : Journée internationale de la fille
- CNDH-CPT : protéger les droits des femmes et promouvoir l’égalité
- CNDH-CPT : les défis des droits humains et de l’État de droit en période de conflit
- Ministère de la Santé publique : partenariat pour sensibiliser aux risques du mariage des enfants
- Ministère de la Santé publique : services de santé reproductive
- UNFPA Liban : programme « Mustaqbali Khayari »
- UNICEF Liban : initiative QUDWA
- UNICEF : mariage des enfants
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