Réagissant aux meurtres et blessures de dizaines de professionnels de santé et de secouristes au Liban depuis le 2 mars 2026, dans un contexte d’escalade des attaques menées par l’armée israélienne et de ses allégations – sans fournir de preuves – selon lesquelles des ambulances et des structures de santé seraient utilisées à des fins militaires et pourraient être prises pour cible, Kristine Beckerle, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, a déclaré :
« Israël applique le même schéma meurtrier qu’en 2024 au Liban, qui avait entraîné la mort de dizaines de travailleurs de la santé et la dévastation des services médicaux. Les recherches antérieures d’Amnesty International ont montré que l’armée israélienne avait mené à plusieurs reprises des attaques illégales contre des établissements de santé et du personnel médical lors de l’escalade de 2024, et nous avons appelé à ce qu’elles fassent l’objet d’enquêtes en tant que crimes de guerre. L’armée israélienne a également attaqué de manière répétée et illégale des structures et équipes médicales à Gaza, dans le cadre d’un schéma plus large de destruction des services essentiels. À ce jour, aucune responsabilité ni réparation n’ont été établies pour ces violations, et nous assistons à nouveau à des morts et des blessés parmi le personnel de santé.
« Les professionnels de santé risquent leur vie pour en sauver d’autres, et les hôpitaux, autres structures médicales et ambulances bénéficient d’une protection spécifique en vertu du droit international humanitaire. Formuler des accusations selon lesquelles des structures de santé et des ambulances seraient utilisées à des fins militaires, sans fournir de preuves, ne justifie en aucun cas de traiter les hôpitaux, les établissements médicaux ou les transports sanitaires comme des champs de bataille, ni de considérer les médecins et les secouristes comme des cibles. Le droit international humanitaire impose aux parties à un conflit de distinguer en tout temps entre objectifs militaires et biens de caractère civil.
« Les hôpitaux et les transports médicaux ne perdent leur protection que s’ils sont utilisés pour des actes considérés comme “nuisibles à l’ennemi” et, même dans ce cas, ils ne peuvent être attaqués qu’après un avertissement préalable laissant un délai suffisant pour l’évacuation des patients et du personnel, resté sans effet. En cas de doute quant à l’utilisation d’un établissement de santé à des fins militaires, il doit être présumé qu’il ne l’est pas. Toute attaque contre une structure ayant perdu sa protection doit respecter les règles de précaution, de distinction et de proportionnalité, et prendre en compte les effets graves sur les civils, les malades et les blessés.
« En vertu du droit international humanitaire, les civils, y compris les professionnels de santé, ne perdent pas leur statut protégé du seul fait d’une affiliation. Par conséquent, les attaques directes contre le personnel médical et les acteurs de la défense civile au seul motif qu’ils travaillent pour des institutions associées au Hezbollah sont strictement interdites. Prendre délibérément pour cible des personnels médicaux dans l’exercice de leurs fonctions humanitaires constitue une violation grave du droit international humanitaire et peut constituer un crime de guerre.
« Toutes les parties doivent respecter leur obligation juridique de protéger en permanence les civils, le personnel médical, les patients et les infrastructures de santé. La protection des soins de santé n’est pas facultative, c’est une règle contraignante du droit de la guerre. »
Contexte
Selon l’World Health Organization, entre le 2 et le 15 mars 2026, 28 attaques contre le secteur de la santé ont été recensées, faisant 30 morts et 35 blessés.
Le ministère libanais de la Santé publique a indiqué qu’au 16 mars 2026, 40 professionnels de santé avaient été tués et 96 blessés. Parmi eux figurent des travailleurs affiliés à l’Association de santé islamique, une institution civile liée au Hezbollah fournissant des services médicaux et d’urgence en collaboration avec le ministère de la Santé, à l’Association des scouts Risala islamiques, ainsi qu’un secouriste de la Croix-Rouge libanaise. Le ministère a également signalé la fermeture de cinq hôpitaux.
Dans une déclaration récente, le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a affirmé que des ambulances et des structures médicales au Liban étaient utilisées à des fins militaires, une allégation rejetée par le ministère libanais de la Santé. L’armée israélienne avait déjà formulé des accusations similaires en 2024.
Amnesty International avait précédemment enquêté sur quatre attaques israéliennes contre des structures et véhicules médicaux entre le 3 et le 9 octobre 2024, ayant causé la mort de 19 professionnels de santé et blessé 11 autres. L’organisation n’avait trouvé aucun élément indiquant que les structures ou le personnel visés avaient été utilisés à des fins militaires ou pour des actes nuisibles à l’ennemi, et avait appelé à ce que ces attaques fassent l’objet d’enquêtes en tant que crimes de guerre.
هذه المقالة متاحة أيضًا بـ:

