Dans un rapport publié par The Legal Agenda et rédigé par Ali Sweidan, des données de terrain préoccupantes révèlent une escalade marquée des opérations militaires israéliennes dans le sud du Liban, caractérisée par un ciblage systématique des ponts, des passages et des axes routiers essentiels reliant les deux rives du fleuve Litani. Parmi les infrastructures visées figurent les ponts de Qasmiyeh, Zrariyeh, Qaqaiyat al-Jisr, Khardali et Dallafa, ainsi que des routes et ouvrages de franchissement essentiels.
Le rapport indique que ces attaques se sont accompagnées de déclarations officielles israéliennes appelant à la destruction des infrastructures, à l’accélération de la démolition des habitations et à l’empêchement du retour des habitants dans leurs régions, ce qui traduit une orientation dépassant les objectifs militaires immédiats vers l’imposition de nouvelles réalités sur le terrain.
Le ciblage de ces infrastructures constitue une violation manifeste du droit international humanitaire, notamment des principes de distinction et de proportionnalité. Les ponts et les routes sont des biens de caractère civil protégés et ne perdent cette protection que dans des cas exceptionnels de nécessité militaire directe et établie. Les allégations selon lesquelles ces infrastructures seraient utilisées à des fins militaires ne justifient pas leur destruction à grande échelle, en particulier au regard des dommages graves infligés aux civils et aux infrastructures civiles.
Selon le rapport, la destruction de ces ponts entraîne l’isolement de vastes zones situées au sud du Litani par rapport au nord, coupant l’accès aux services essentiels et à l’aide humanitaire, ce qui aggrave la souffrance des populations civiles et menace leurs droits fondamentaux. Les répercussions s’étendent également à des secteurs vitaux, le ciblage d’infrastructures liées aux projets d’irrigation constituant une menace directe pour la sécurité hydrique et alimentaire, mettant en danger des milliers d’hectares de terres agricoles et compromettant l’emploi et la stabilité économique de la région.
Le rapport inscrit cette escalade dans un contexte plus large de déplacement forcé et d’empêchement du retour des populations, traduisant une tendance à vider la région de ses habitants, à l’isoler et à la transformer en zone militaire. Cela suscite de vives inquiétudes quant à l’imposition de réalités susceptibles de préparer une occupation potentielle ou la création d’une zone tampon, en violation flagrante de la souveraineté du Liban et du droit international.
Les justifications avancées par l’armée israélienne, notamment l’allégation selon laquelle les ponts seraient utilisés pour le transport de combattants ou de matériel militaire, ne modifient pas la nature civile des infrastructures de transport. Les ponts et les routes demeurent des biens civils protégés en vertu du droit international humanitaire et ne perdent pas cette protection du seul fait de telles allégations, sauf s’il est démontré qu’ils apportent une contribution militaire effective et directe et que leur destruction procure un avantage militaire concret. De même, les ordres d’évacuation et le déplacement des populations n’entraînent pas la perte de protection des civils ou des biens civils, le droit international humanitaire restant pleinement applicable, notamment le principe de distinction.
Cette analyse est corroborée par les conclusions de la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la guerre de juillet 2006, au cours de laquelle Israël avait détruit plusieurs des ponts susmentionnés ainsi que d’autres infrastructures en dehors du sud du Liban. La Commission a estimé que les attaques contre les infrastructures civiles, y compris les routes et les ponts, même en cas d’« usage dual », ne peuvent être justifiées par la nécessité militaire, qu’elles sont disproportionnées par rapport à tout avantage militaire allégué et qu’elles constituent des violations du droit international humanitaire, en particulier du principe de distinction.
En outre, la destruction de ces ponts, qui constituent des artères essentielles pour la mobilité et les services, entraîne l’isolement de vastes zones au sud du Litani, rompt la connectivité entre les districts et entrave l’accès aux services essentiels, à l’aide humanitaire et aux opérations d’évacuation. Cela traduit une disproportion manifeste entre les dommages attendus pour les civils et les infrastructures civiles et tout avantage militaire prétendu.
Sur cette base, le rapport conclut que ce schéma de ciblage systématique des infrastructures civiles, combiné aux politiques de déplacement et aux déclarations officielles, pourrait constituer des crimes de guerre. Il appelle en conséquence à une action urgente pour garantir la protection des civils, mettre fin aux violations et assurer la reddition de comptes conformément au droit international.
هذه المقالة متاحة أيضًا بـ:

