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les frappes aériennes israéliennes visant des sites liés à Al-Qard Al-Hassan devraient faire l’objet d’une enquête pour crimes de guerre

Selon un communiqué publié le 12 mars 2026 par Amnesty International, les frappes aériennes menées par l’armée israélienne contre des sites liés à l’institution Al-Qard Al-Hassan au Liban devraient faire l’objet d’une enquête pour crimes de guerre, l’organisation estimant que ces installations ne constituent pas des objectifs militaires légitimes au regard du droit international humanitaire.

D’après les déclarations de l’armée israélienne, les frappes ont débuté le 2 mars et visaient des succursales de cette institution dans différentes régions du Liban. Au 10 mars, l’armée israélienne a annoncé avoir frappé environ trente installations au cours de la semaine précédente. Plusieurs de ces bureaux se trouvent dans des immeubles résidentiels ou dans des quartiers densément peuplés, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth, dans le sud du Liban et dans la région de la Békaa. Les attaques ont détruit des infrastructures dont dépendent des dizaines de milliers de civils pour accéder à des services financiers essentiels, notamment des prêts destinés à couvrir les frais scolaires, les dépenses de santé ou l’achat de moyens de transport pour se rendre au travail.

Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré que le simple fait d’alléguer qu’une institution est liée au Hezbollah ne suffit pas à la transformer en objectif militaire légitime. Elle a rappelé que la distinction entre objectifs militaires et biens de caractère civil constitue un principe fondamental du droit international humanitaire. Bien que le Hezbollah soit à la fois un acteur politique et militaire, il gère également des institutions sociales et de services dans lesquelles travaillent des civils.

Amnesty International souligne que les civils et les biens civils ne deviennent pas des cibles légitimes simplement en raison d’un lien réel ou supposé avec une partie au conflit. L’organisation estime que la destruction de succursales d’une institution financière dont dépendent des milliers de personnes constitue une évolution particulièrement préoccupante et doit faire l’objet d’une enquête indépendante afin de déterminer la légalité de ces attaques.

L’organisation indique avoir examiné les affirmations de l’armée israélienne concernant ces frappes et avoir vérifié des vidéos montrant les attaques contre quatre sites frappés les 2 et 9 mars. Elle a également mené des entretiens avec douze personnes issues de milieux différents ayant bénéficié des services financiers fournis par l’institution. Pour des raisons de sécurité et de confidentialité, les noms utilisés dans ces témoignages sont des pseudonymes.

Al-Qard Al-Hassan est l’un des principaux fournisseurs de microcrédits au Liban. L’institution opère depuis 1987 sur la base d’une licence accordée comme organisation non gouvernementale par les autorités libanaises. Elle ne dispose toutefois pas d’une licence de la Banque du Liban pour fonctionner en tant qu’institution financière. L’organisation est également soumise à des sanctions américaines depuis 2007 en raison de ses liens présumés avec le Hezbollah.

Le droit international humanitaire garantit la protection des biens civils, y compris des institutions financières, et n’autorise leur ciblage que s’ils deviennent des objectifs militaires. Un objectif militaire est défini comme un bien qui contribue effectivement à l’action militaire et dont la destruction offre un avantage militaire précis dans les circonstances existantes. Amnesty International indique n’avoir trouvé aucune preuve présentée par les autorités israéliennes démontrant que les succursales visées répondaient à ces critères.

Dans les déclarations publiées par l’armée israélienne à propos des frappes, aucune indication n’a été fournie selon laquelle ces bureaux étaient utilisés pour soutenir directement des opérations militaires. Les autorités israéliennes ont plutôt affirmé que les fonds déposés par les civils auprès de l’institution étaient utilisés pour fournir des services financiers au Hezbollah. Selon Amnesty International, même si ces allégations étaient avérées, elles ne suffiraient pas à retirer aux bâtiments leur statut protégé au titre du droit international humanitaire.

Les attaques ont eu lieu en deux vagues principales, les 2 et 9 mars. Le 2 mars, un porte-parole de l’armée israélienne a annoncé que les forces israéliennes s’apprêtaient à frapper ce qu’il a décrit comme des « infrastructures » liées à Al-Qard Al-Hassan. Les habitants situés dans un rayon de 300 mètres autour de 18 sites identifiés ont été appelés à évacuer immédiatement. Des cartes indiquant les emplacements visés ont été publiées pour plusieurs régions, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth, ainsi que dans des localités de la Békaa, de Tyr et du sud du Liban.

Des vidéos vérifiées par Amnesty International montrent la chute de munitions larguées depuis les airs sur des bâtiments situés dans des zones résidentielles et commerciales. Dans la ville de Tyr, un immeuble de trois étages situé dans un quartier commercial et résidentiel a été détruit, causant également des dommages à plusieurs commerces voisins. À moins de deux kilomètres de là, un autre immeuble de onze étages abritant une succursale de l’institution a également été détruit, entraînant des dégâts dans des bâtiments résidentiels voisins.

Le 9 mars, l’armée israélienne a annoncé une nouvelle série de frappes contre ce qu’elle a qualifié d’infrastructures liées à l’institution dans la banlieue sud de Beyrouth. Contrairement aux avertissements détaillés émis le 2 mars, l’avertissement du 9 mars ne précisait pas les emplacements exacts visés. Deux heures plus tard, plusieurs frappes aériennes ont touché plus de dix bâtiments dans la zone, dont certains abritaient des succursales de l’institution.

Amnesty International souligne que ce n’est pas la première fois que l’institution Al-Qard Al-Hassan est visée par des frappes israéliennes. En octobre 2024, lors d’une précédente escalade militaire, l’armée israélienne avait déjà annoncé avoir frappé environ trente succursales de l’institution à Beyrouth, dans sa banlieue sud, dans le sud du Liban et dans la Békaa. L’organisation avait alors également appelé à l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre.

Après l’annonce d’un cessez-le-feu en décembre 2024, l’institution avait indiqué avoir rouvert seize succursales dans différentes régions du Liban. Toutefois, la dernière série de frappes a de nouveau interrompu les activités de plusieurs de ces bureaux, même dans les cas où les bâtiments sont restés partiellement debout.

Les témoignages recueillis par Amnesty International montrent que les services financiers fournis par l’institution sont largement utilisés par des familles libanaises confrontées à la crise économique. Certaines personnes ont expliqué avoir recours à ces prêts pour payer les frais scolaires de leurs enfants ou pour financer de petits projets générateurs de revenus. Une femme de 61 ans a notamment indiqué avoir obtenu un prêt en mettant en gage des bijoux afin d’acheter un moteur pour sa machine à coudre, qui constitue la seule source de revenus de sa famille.

D’autres témoignages indiquent que les services de l’institution sont utilisés par des personnes issues de différentes communautés et régions du Liban. Certains utilisateurs affirment y recourir en raison de la difficulté d’obtenir des prêts auprès des banques traditionnelles ou en raison de la nature des prêts accordés sans intérêts.

Amnesty International estime que le ciblage d’institutions fournissant des services financiers aux civils, dans un contexte de crise économique profonde au Liban, pourrait avoir des conséquences humanitaires et économiques importantes pour la population.

En conclusion, l’organisation appelle les États ayant une influence sur Israël à agir afin de garantir la reddition de comptes pour les attaques visant des biens civils au Liban, avertissant que l’absence de responsabilité pourrait contribuer à la répétition de violations graves du droit international humanitaire.

Source : Amnesty International, « Liban : les frappes aériennes israéliennes visant Al-Qard Al-Hassan devraient faire l’objet d’une enquête pour crimes de guerre », 12 mars 2026.

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