La Commission nationale des droits de l’homme et le Réseau des ONG arabes pour le développement réunissent 32 participants de quatre pays arabes dans le cadre du cycle « Échangeons pour les droits »
La protection des personnes les plus touchées par le changement climatique, la participation à la prise de décision et la transparence du financement climatique ont constitué les principaux axes de la cinquième rencontre du cycle « Échangeons pour les droits ». Organisée par la Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture, en coopération avec le Réseau des ONG arabes pour le développement, cette rencontre a réuni 32 participants du Liban, de Palestine, d’Égypte et de Tunisie, en présentiel et en ligne.
Intitulée « Changement climatique et droits humains : le rôle émergent des institutions nationales des droits de l’homme », la rencontre s’est tenue le jeudi 8 octobre 2026, de 16 h à 17 h 30, au siège de la Commission, dans l’immeuble Serhal, boulevard Sami El Solh, à Beyrouth. Elle a porté sur le rôle des institutions nationales des droits de l’homme et de la société civile dans l’intégration des droits humains aux politiques d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses effets, ainsi que dans la mise en œuvre d’une transition juste vers une économie décarbonée.

Gerges : la protection des droits comme critère d’évaluation des politiques environnementales et climatiques
Le président de la Commission, le Dr Fadi Gerges, a ouvert la rencontre en soulignant que « le choix de ce sujet reflète notre conviction que la crise climatique touche au cœur même des droits humains ». Il a évoqué ses effets sur la vie, la santé, l’eau, l’alimentation, le logement et le travail, ainsi que les questions qu’elle soulève concernant la répartition des dommages et les capacités d’adaptation. Il a expliqué que la Commission suit ce dossier de près et considère que les politiques environnementales et climatiques doivent être évaluées au regard de leurs effets sur la santé, les droits et les ressources des populations. Il a salué le partenariat avec le Réseau des ONG arabes pour le développement, qualifiant la coopération avec la société civile de pilier du travail de la Commission. Il a également présenté les avancées institutionnelles réalisées en 2026, notamment la finalisation du cadre réglementaire et le dépôt du dossier d’accréditation de la Commission auprès de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme (GANHRI).
Al Kantar : faire des engagements climatiques des droits effectifs
Bassam Al Kantar, commissaire chargé des relations internationales au sein de la Commission, a présenté une intervention sur le rôle émergent des institutions nationales des droits de l’homme dans l’action climatique. Il a souligné que le changement climatique amplifie les risques existants et que l’examen sous l’angle des droits humains commence avant qu’une catastrophe ne survienne : lors de l’élaboration des budgets, de l’adoption des lois, de l’octroi des autorisations et des décisions déterminant qui supportera les coûts de la transition. Cet examen se poursuit ensuite à travers la distribution des aides et des indemnisations, la fourniture des services et l’accès aux recours.
Il a décrit les institutions nationales des droits de l’homme comme des « institutions passerelles », reliant le droit international aux politiques nationales, les communautés touchées aux décideurs, et la prévention aux recours. Il a insisté sur leur rôle en matière de conseil, de suivi des effets des politiques, de réception des plaintes, de protection des défenseurs et défenseuses des droits humains liés à l’environnement et de suivi de la mise en œuvre des recommandations.
Il a proposé un programme concret comprenant l’établissement d’un état des lieux national des effets des risques climatiques sur les droits humains, la conduite de consultations auprès des communautés touchées, l’examen des lois et des plans d’adaptation et d’urgence, la mise en place d’une procédure claire de traitement des plaintes dans le cadre du mandat légal de la Commission, ainsi que le renforcement de la coopération avec la justice, le Parlement, les universités et les experts.
« Il ne peut y avoir de transition verte sans transition juste, d’adaptation véritable sans participation, ni de financement climatique légitime sans transparence », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l’impact d’une institution doit être mesuré à l’aune des changements qu’elle obtient dans les lois, les politiques et la protection des personnes touchées. Il a souligné sa responsabilité de « rendre l’être humain visible derrière chaque statistique climatique et de rendre le respect des droits mesurable dans chaque politique », tout en veillant à ce que les voix des personnes les plus exposées aux dommages constituent le point de départ du débat.

Maalouf : la justice climatique commence par la participation et exige de repenser notre relation à la nature
Habib Maalouf a souligné que la crise climatique met désormais à l’épreuve l’ensemble du système des droits humains et qu’y répondre exige de se demander qui supporte les coûts, qui décide, qui bénéficie d’une protection et qui doit rendre des comptes. Il a expliqué que la justice climatique englobe la répartition équitable des dommages et des bénéfices, la participation à la prise de décision, la reconnaissance des besoins distincts des communautés et des territoires, ainsi que l’équité entre les générations.
Il a averti qu’une politique climatique peut réussir à réduire les émissions tout en demeurant injuste si elle impose aux personnes vivant dans la pauvreté des charges qui dépassent leurs moyens ou exclut les personnes touchées de la prise de décision. Il a insisté sur la nécessité de rendre accessibles les informations relatives aux sources du financement climatique, à ses conditions, à ses bénéficiaires et aux résultats des projets financés. « La transparence fait partie de la justice climatique », a-t-il déclaré, précisant qu’une participation effective suppose de permettre aux personnes concernées d’influencer les choix avant que les décisions ne soient prises.
Dans le cadre des préparatifs de la trente et unième Conférence des Parties (COP31), il a appelé à évaluer les résultats au regard de leur capacité à protéger les droits, à orienter les financements vers les personnes les plus touchées et à protéger les personnes vivant dans la pauvreté ainsi que les travailleurs pendant la transition énergétique. Il a également souligné la nécessité de prendre en compte les effets des guerres sur l’environnement, les ressources, les moyens de subsistance et la capacité du Liban à s’adapter, tout en distinguant le financement climatique des mécanismes visant à établir les responsabilités et à obtenir réparation pour les dommages de guerre.
Maalouf a ajouté que la réponse à la crise climatique ne peut se limiter à des solutions centrées exclusivement sur l’être humain, dont les modes de production et de consommation, ainsi que la relation à la nature, ont contribué à cette crise. Il a proposé des principes d’éthique environnementale qui prennent en compte, aux côtés de l’humanité, les autres êtres vivants et l’ensemble du monde naturel, tout en invitant les êtres humains à reconsidérer leur comportement et leur place dans le monde.
Au premier rang de ces principes figure l’humilité : « l’humilité dans nos connaissances, au regard de l’étendue de ce que nous ignorons encore, et l’humilité envers les autres individus et groupes humains », fondée sur la conscience que tous partagent « une communauté de vie et de destin ». Il a appelé à redéfinir la relation de l’être humain avec les autres êtres vivants au sein de la « sphère écologique », c’est-à-dire l’espace vital nécessaire à sa survie et à la pérennité de son espèce, afin de donner « un sens nouveau à la protection de l’environnement comme au rôle de l’être humain ».

Abdel Samad : le climat au cœur du développement et de la gouvernance
Ziad Abdel Samad, directeur exécutif du Réseau des ONG arabes pour le développement, a abordé la relation entre le climat et le droit au développement. Il a souligné que le développement ne saurait se réduire à la croissance économique : il place les personnes, leur capacité à participer et à bénéficier de ses résultats au centre de sa démarche, tout en protégeant les droits des générations futures et en assurant la pérennité des ressources.
Il a expliqué que l’action climatique est liée à la manière dont sont gérés l’eau, l’énergie, l’agriculture, les transports et les investissements, ainsi qu’à la répartition des coûts et des bénéfices de la transition. « La transparence, l’accès à l’information, la participation, la reddition de comptes et le contrôle ne sont pas des ajouts à la politique climatique ; ils font partie des conditions de sa réussite », a-t-il déclaré.
Il a présenté les travaux du Réseau sur une enquête régionale consacrée aux perceptions et aux priorités des populations en matière de climat et de justice climatique, avec une attention particulière portée aux jeunes, aux femmes et aux personnes les plus vulnérables aux effets du changement climatique, ainsi que ses activités de formation des journalistes et de renforcement de la couverture médiatique spécialisée. Il a souligné l’importance du rôle préventif de la Commission dans l’examen des effets des politiques avant qu’ils ne causent des dommages. Il a également insisté sur la nécessité de relier le suivi des projets environnementaux par la société civile aux risques climatiques, aux capacités d’adaptation des communautés et à leurs droits, et de transformer les témoignages des populations en éléments probants au service du plaidoyer et de l’élaboration des politiques publiques.

Ghandour : la transition verte ne doit pas faire basculer davantage de personnes dans la pauvreté
L’ingénieur Malek Ghandour, président du Forum libanais pour l’environnement et président de la Commission de l’environnement, du climat et du développement durable au sein du Conseil économique, social et environnemental, a souligné que la transition vers une économie verte ne doit pas faire basculer davantage de personnes dans la pauvreté. Elle doit protéger les travailleurs, créer des possibilités et garantir une énergie abordable. Il a insisté sur la participation, la transparence, la reddition de comptes et la protection des ressources et des réserves naturelles, affirmant que « la justice climatique n’est pas un résultat secondaire de l’action climatique, mais une condition de sa réussite ».
Protéger les personnes les plus touchées et explorer les possibilités de coopération
La rencontre a donné lieu à une discussion ouverte sur la participation du public, la transparence, la reddition de comptes et l’accès aux recours ; sur la nécessité d’associer les femmes et les filles, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les communautés locales aux décisions climatiques ; ainsi que sur la répartition équitable des coûts et des bénéfices de la transition. Les participants ont souligné l’importance de la coopération entre la Commission, la société civile et les experts pour traduire les connaissances et les revendications en matière de droits humains en politiques dont la mise en œuvre peut être suivie et évaluée.
Le président de la Commission a annoncé que la prochaine rencontre du cycle « Échangeons pour les droits » se tiendra le jeudi 12 novembre 2026, sous le titre « Les droits économiques et sociaux au Liban et l’impact des crises cumulées sur leur protection et leur promotion ».
هذه المقالة متاحة أيضًا بـ:

