Célébrée chaque année le 2 octobre, la Journée internationale de la non-violence offre au Liban l’occasion de réfléchir aux moyens de protéger la dignité humaine, de combattre l’injustice et de résoudre les différends pacifiquement. Dans un pays marqué par des guerres successives, des déplacements de population et de profondes divisions sociales, promouvoir la non-violence exige des mesures concrètes : protéger les civils, prévenir la torture, garantir l’expression pacifique, soutenir les personnes survivantes et assurer que les responsables de violations rendent des comptes.
Les Nations Unies célèbrent la Journée internationale de la non-violence le 2 octobre, anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi. L’Assemblée générale a instauré cette journée par la résolution A/RES/61/271, adoptée le 15 juin 2007, afin de diffuser le message de la non-violence par l’éducation et la sensibilisation du public, et de promouvoir une culture de paix, de tolérance et de compréhension.
Pour la Commission nationale des droits de l’homme, incluant le Comité pour la prévention de la torture (NHRC-CPT), cette journée permet de rappeler le lien étroit entre la paix et les droits humains. L’engagement en faveur de la non-violence doit se traduire dans la manière dont les institutions exercent leur autorité, dont les communautés abordent leurs désaccords et dont les lois protègent les personnes contre les abus.
Ces questions revêtent une importance particulière au Liban. Les souffrances causées par les conflits armés, les conséquences des déplacements et les pressions qui pèsent sur les familles et les institutions publiques font de la protection de la vie et de la dignité humaine une priorité nationale. Cette journée offre un cadre pour examiner comment le Liban peut interrompre les cycles de violence et renforcer la confiance dans les moyens pacifiques et légaux de faire respecter les droits.
La non-violence comme moyen de combattre l’injustice
Les Nations Unies définissent la non-violence comme le rejet de la violence physique pour obtenir un changement social ou politique. Elles distinguent trois grandes catégories d’action non violente : la protestation et la persuasion, la non-coopération et l’intervention non violente. Cette approche reconnaît la capacité des personnes et des communautés à combattre l’injustice par une action pacifique organisée.
La non-violence exige donc un espace permettant de s’exprimer, de s’organiser, de manifester et de réclamer des changements. Elle suppose aussi des institutions capables d’entendre les doléances et d’offrir des recours crédibles. Appeler à résoudre les différends pacifiquement prend tout son sens lorsque les personnes peuvent accéder à la justice, signaler des violations sans crainte et participer aux décisions qui concernent leur vie.
Au Liban, l’engagement en faveur de la non-violence devrait renforcer la voix des victimes, des défenseurs des droits humains, des journalistes, des travailleurs, des jeunes et des communautés confrontées à l’exclusion. Il devrait leur permettre de revendiquer leurs droits en sécurité et de manière effective.
L’obligation de rendre des comptes est essentielle à cette démarche. Enquêter sur les violations, établir les responsabilités et offrir réparation contribuent à prévenir leur répétition. Une culture de paix durable exige de reconnaître les préjudices et d’en traiter les causes.
Protéger les civils et respecter le droit international
L’importance de cette journée apparaît clairement à la lumière des violences subies au Liban. En avril 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a publié un rapport sur les décès et les déplacements survenus durant les trois premières semaines de l’escalade commencée en mars. Ce travail de documentation souligne la nécessité de placer la protection des civils et l’examen des violations potentielles au cœur de la réponse au conflit.
Pour le Liban, les priorités concrètes comprennent la protection des civils, le maintien de l’accès aux services essentiels, le soutien aux familles déplacées et la conduite d’enquêtes indépendantes sur les violations présumées. Les besoins et les droits des personnes survivantes doivent guider les efforts de relèvement, notamment en matière de soins de santé, de soutien psychosocial, d’éducation et de recours effectifs.
La reconstruction doit également rétablir les conditions permettant aux communautés de vivre en sécurité et dans la dignité. Les familles doivent pouvoir envisager un retour chez elles, les enfants retrouver l’école et chacun compter sur une réponse des institutions lorsque ses droits sont menacés.
La Journée internationale de la non-violence permet de réaffirmer l’importance de la diplomatie et du règlement pacifique des conflits, tout en exigeant le respect du droit international et la mise en cause des responsabilités en cas de violation.
Garantir la participation civique pacifique
L’avenir du Liban dépend de la possibilité de participer à la vie publique sans intimidation. Les manifestations pacifiques, le débat public, le journalisme, le plaidoyer et l’organisation citoyenne constituent des moyens essentiels d’exprimer des doléances et de demander des réformes.
Dans son Observation générale no 37, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies précise que les restrictions au droit de réunion pacifique doivent satisfaire aux exigences de légalité, de nécessité et de proportionnalité. Il appartient aux autorités de justifier ces restrictions, et une invocation trop vague de l’ordre public ne peut servir à imposer des limitations excessives.
Ces principes sont particulièrement importants lorsque la frustration envers les institutions publiques s’accroît. Protéger la participation pacifique permet de faire entendre les doléances et de les traiter par les voies démocratiques. Les autorités doivent faciliter les rassemblements pacifiques, protéger leurs participants et veiller à ce que leur intervention respecte les droits humains.
Les responsables politiques et communautaires ont également le devoir de favoriser des échanges qui préservent la dignité des personnes exprimant des opinions différentes. Le désaccord fait partie de la vie publique. Les menaces, l’intimidation et l’incitation à la violence compromettent les conditions nécessaires à une participation pacifique.
Prévenir la torture et la violence dans les lieux de détention
L’engagement en faveur de la non-violence doit s’étendre aux lieux où des personnes sont privées de liberté. Les prisons, les postes de police et les autres lieux de détention placent les personnes sous l’autorité et le contrôle de l’État, ce qui rend indispensables des garanties effectives et un contrôle indépendant.
Le droit international interdit la torture en tout temps et en tout lieu, y compris pendant un conflit armé ou une situation d’urgence publique. Aucune exception n’est admise.
Au Liban, la prévention de la torture et des autres mauvais traitements exige une attention constante aux conditions de détention, à l’accès aux soins, aux garanties juridiques, aux mécanismes de plainte et aux enquêtes sur les abus présumés. La dignité des personnes détenues doit être préservée, et celles qui signalent des violations doivent être protégées contre les représailles.
Le mandat de la NHRC-CPT relie la promotion des droits humains à la prévention des abus. Créée par la loi no 62/2016, la Commission constitue un cadre institutionnel indépendant pour protéger et promouvoir les droits humains au Liban, notamment à travers ses fonctions de prévention de la torture.
Cette journée offre ainsi l’occasion de rappeler que l’exercice légitime de l’autorité publique exige le respect de l’intégrité physique et psychologique de chaque personne.
Permettre aux enfants de grandir à l’abri de la violence
La protection des enfants mérite une attention particulière. Les enfants peuvent subir la violence des conflits armés, des abus au sein du foyer, du harcèlement, des pratiques disciplinaires préjudiciables et des environnements dangereux. Prévenir ces atteintes est essentiel à leur développement et à la cohésion de la société libanaise à long terme.
Une note de l’UNICEF publiée en septembre 2026 sur le système éducatif libanais examine les conséquences des hostilités depuis le 2 mars 2026. Elle présente des priorités de relèvement associant la réhabilitation des écoles, le rattrapage des apprentissages, le bien-être psychosocial et la protection des enfants et du personnel éducatif.
Ces priorités montrent pourquoi la construction de la paix doit intégrer un investissement dans la vie quotidienne des enfants. La remise en état des salles de classe doit s’accompagner d’un soutien permettant aux enfants de retrouver un sentiment de sécurité et de stabilité après des expériences éprouvantes.
L’UNICEF au Liban souligne également que la discipline violente au sein du foyer constitue une préoccupation majeure en matière de protection de l’enfance et que la violence peut aussi se produire à l’école et dans les espaces communautaires.
Les familles, les éducateurs et les institutions publiques doivent promouvoir des pratiques éducatives et des méthodes de résolution des différends respectueuses de la dignité des enfants. Les écouter, leur apporter un soutien adapté et répondre rapidement aux abus contribuent à prévenir les préjudices et à leur apprendre à gérer les désaccords.
Les enfants apprennent aussi du comportement des adultes et des institutions. Lorsqu’ils voient les problèmes traités avec équité, dialogue et responsabilité, leur confiance dans ces approches se renforce.
Combattre les discriminations et les violences quotidiennes
La non-violence concerne également les relations quotidiennes et le discours public. La diversité culturelle, religieuse et sociale du Liban fait de l’égale dignité et du respect mutuel des fondements essentiels du vivre-ensemble.
Une culture de non-violence exige une attention particulière aux personnes davantage exposées à l’exclusion ou aux abus, notamment les femmes et les filles, les personnes handicapées, les réfugiés, les travailleurs migrants et les personnes vivant dans la pauvreté. La protection doit être accessible à tous, indépendamment de la nationalité, du statut juridique, de l’origine sociale ou d’autres caractéristiques personnelles.
Le discours public joue lui aussi un rôle important. Les propos politiques, la couverture médiatique et les échanges en ligne influencent la manière dont les personnes se perçoivent et se traitent. Une communication responsable doit rejeter la déshumanisation et l’attribution d’une responsabilité collective à des groupes, tout en préservant le droit de contester les politiques, de critiquer les responsables publics et de débattre des questions d’intérêt général.
Le dialogue communautaire peut contribuer à apaiser les tensions, à condition de s’accompagner d’une protection concrète et d’un traitement équitable. Les personnes doivent pouvoir compter sur une réponse institutionnelle à la violence et à la discrimination, ainsi que sur une aide accordée selon les besoins.
Renforcer la confiance par la justice et des institutions à l’écoute
L’engagement en faveur de la non-violence devient plus durable lorsque les personnes ont confiance dans la capacité des institutions publiques à répondre équitablement à leurs préoccupations.
Pour le Liban, cela implique de renforcer l’accès à la justice, d’améliorer les mécanismes de plainte et de rendre les services publics plus transparents et plus attentifs aux besoins. Cela suppose également d’écouter les communautés dont les expériences restent trop souvent absentes des discussions sur les politiques publiques.
Dans son message pour la Journée internationale de la non-violence de 2026, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, souligne les dangers liés à la montée des divisions, des conflits, de la pauvreté et des inégalités. Il met également en garde contre le mépris des fondements de la paix et du développement, notamment les droits humains, le droit international, la diplomatie et le dialogue. Il appelle à renouveler les efforts pour surmonter les divisions, mettre fin aux souffrances et construire la paix par la non-violence.
Pour le Liban, ce message souligne la nécessité de relier la construction de la paix à des institutions équitables et à la protection sociale. Les difficultés financières et l’exclusion appellent des réponses sérieuses en matière de politiques publiques. La confiance se développe lorsque les personnes constatent que leurs préoccupations sont entendues et que leurs droits bénéficient d’une protection égale.
Faire de cette journée un engagement concret au Liban
La Journée internationale de la non-violence doit encourager un travail durable, au-delà de sa commémoration annuelle. Parmi les priorités pertinentes pour le Liban figurent :
- Protéger les civils et soutenir les personnes survivantes : veiller à ce que la protection, les services essentiels et les efforts de relèvement répondent aux besoins et respectent la dignité.
- Renforcer l’obligation de rendre des comptes : enquêter de manière indépendante sur les violations présumées et garantir des recours accessibles.
- Préserver l’espace civique : protéger la réunion pacifique, la liberté d’expression, le journalisme et la défense des droits humains.
- Prévenir la torture et les mauvais traitements : renforcer les garanties, le contrôle indépendant et le traitement effectif des plaintes dans les lieux de détention.
- Protéger les enfants : promouvoir des écoles sûres, une discipline non violente, un soutien psychosocial et des mécanismes de signalement accessibles.
- Combattre les discriminations : assurer une protection égale et l’accès aux services, en particulier pour les personnes confrontées à l’exclusion.
- Investir dans l’éducation aux droits humains : permettre aux écoles, aux universités, aux institutions publiques et aux communautés de développer les connaissances et les compétences nécessaires à une participation pacifique.
- Soutenir un dialogue inclusif : créer des occasions de discuter des préoccupations communes et de contribuer aux décisions qui affectent la vie des personnes.
Ces priorités nécessitent une coopération entre les autorités publiques, les institutions indépendantes, la société civile, les éducateurs, les médias et les communautés. Elles exigent aussi des ressources et des mécanismes permettant de vérifier que les engagements produisent des améliorations concrètes.
Pour la NHRC-CPT, l’importance de cette journée tient à son lien avec le travail quotidien de protection et de promotion des droits humains. Le suivi des violations, le traitement des plaintes, l’éducation aux droits humains et la promotion des réformes institutionnelles contribuent à créer les conditions d’une action pacifique efficace.
Le 2 octobre offre au Liban l’occasion de réaffirmer un engagement concret : permettre à chaque personne de vivre dans la dignité, de demander justice, d’exprimer ses préoccupations et de participer à la vie publique sans violence ni peur. Réaliser cet engagement exige une protection durable, des institutions tenues de rendre des comptes et une volonté constante de résoudre les différends par des moyens pacifiques.
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