La Commission nationale des droits de l’homme au Liban, y compris le Comité pour la prévention de la torture, a déclaré que le rappeur libanais Jaafar Iskandar (38 ans), connu sous le nom de Jaafar Al-Taffar, détenu par les services de renseignement de l’armée libanaise au ministère de la Défense à Yarze depuis quatre jours, devrait être libéré.
Jaafar Iskandar est connu pour publier des chansons de rap sous forme de vidéos sur les réseaux sociaux, abordant des questions sociales et politiques dans un ton critique. Sa dernière chanson contenait des critiques à l’égard du Président de la République et du Premier ministre.
La Commission a expliqué qu’Iskandar s’était présenté volontairement aux services de renseignement de l’armée le 10 mars 2026 après avoir reçu un appel téléphonique lui demandant de se rendre au centre de renseignement de Doha Al-Hoss pour interrogatoire, selon les informations fournies par son père, Mohsen Ahmad Iskandar, à l’enquêteur de la Commission chargé du suivi de l’affaire.
La Commission nationale des droits de l’homme a déclaré :
« Le parquet militaire doit cesser d’utiliser le Code pénal, la loi sur les publications et la loi sur la justice militaire pour arrêter des journalistes, des artistes ou toute personne exerçant son droit constitutionnel à la liberté d’opinion et d’expression. Ce type d’enquête doit rester exclusivement du ressort du procureur général près la Cour de cassation, sans aucune intervention de la justice militaire ou de l’institution militaire. »
Selon les informations fournies par la famille, Iskandar a reçu hier vers 16 heures un appel téléphonique du centre de renseignement de l’armée à Doha Al-Hoss lui demandant de se présenter le jour même, sans qu’on lui précise les raisons ni s’il existait une plainte ou une demande d’enquête de la part du procureur général près la Cour de cassation ou du parquet militaire. En réponse, il s’est rendu au centre à 17 heures. Lorsque son père a contacté les autorités aujourd’hui pour s’enquérir des raisons de sa détention, il lui a été indiqué que la décision dépendait désormais de la justice militaire.
Son avocate, qui fait partie des avocats coopérant avec la Commission, a indiqué qu’il avait été transféré hier de la branche du renseignement militaire de Doha Al-Hoss vers la Direction du renseignement au ministère de la Défense. Me Abdel Fattah a précisé que son client lui avait indiqué avoir été interrogé à Doha Al-Hoss avant son transfert sans la présence d’un avocat, ce qui constitue une violation de l’article 47 du Code de procédure pénale libanais, lequel garantit au suspect le droit d’être assisté d’un avocat lors de l’enquête préliminaire. Un suspect ne peut être interrogé sans avocat s’il en fait la demande. L’avocat a également le droit de consulter le dossier d’enquête. Ces dispositions garantissent le droit à la défense, l’interdiction de la torture et les garanties d’un procès équitable, y compris le droit de communiquer avec sa famille.
Elle a également indiqué qu’il a été de nouveau interrogé en sa présence au siège de la Direction du renseignement au ministère de la Défense au sujet de la publication d’une vidéo contenant un poème critiquant le Président de la République et le Premier ministre. Son téléphone portable a été confisqué et fouillé et fait actuellement l’objet d’une expertise technique par les enquêteurs. Il reste détenu dans l’attente d’une décision du commissaire du gouvernement près le tribunal militaire concernant sa libération ou la poursuite de sa détention.
La Commission considère que l’utilisation de l’institution militaire pour poursuivre les critiques des responsables politiques constitue une extension injustifiée de la compétence militaire à l’égard des civils et reflète un recul préoccupant dans la protection et la promotion des droits humains et des libertés publiques. Elle appelle donc à la libération immédiate d’Iskandar et à la cessation de toute mesure susceptible de restreindre l’exercice de ses droits fondamentaux.
La Commission a déjà souligné dans ses rapports que les lois prévoyant des sanctions pénales pour diffamation et injure au Liban ne sont pas conformes aux obligations du pays en vertu du droit international des droits de l’homme, et qu’elles sont souvent utilisées par les autorités ou des personnes influentes pour harceler et intimider les individus qui exercent leur droit à la critique.
En vertu du droit international des droits de l’homme, l’injure n’est pas reconnue comme une infraction internationale, et l’emprisonnement n’est pas considéré comme une sanction appropriée pour les délits de diffamation. L’indemnisation civile constitue le moyen le plus équilibré de réparer l’atteinte à la réputation tout en préservant la liberté d’expression.
Le droit international des droits de l’homme précise également que les personnalités publiques, y compris les chefs d’État et de gouvernement, peuvent légitimement faire l’objet de critiques et d’opposition politique. Les responsables publics doivent tolérer un degré plus élevé de critique en raison de l’intérêt public lié à leur responsabilité.
Le Commentaire général n°34 du Comité des droits de l’homme, relatif à l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, souligne les obligations des États de garantir la liberté d’opinion et d’expression, y compris le droit de rechercher, de recevoir et de diffuser des informations et des idées sans considération de frontières. Ce droit englobe le discours politique, les commentaires sur les affaires publiques, la discussion des questions relatives aux droits humains, ainsi que l’expression culturelle et artistique.
La protection de ce droit s’étend à toutes les formes d’expression et à tous les moyens de diffusion, y compris la parole et l’écrit, les images, les œuvres artistiques, les médias audiovisuels ainsi que les formes d’expression numériques et électroniques via Internet.
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