Un logement sûr constitue le fondement de la sécurité, de la dignité et de la vie quotidienne. Pourtant, pour de nombreuses personnes au Liban, cette sécurité a été fragilisée par le conflit, les déplacements, les difficultés économiques et l’exposition aux aléas environnementaux. La Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophe, célébrée le 13 octobre, offre l’occasion de placer des logements plus sûrs et des communautés plus résilientes au cœur du relèvement national.
Le thème de 2026, « La résilience commence à la maison », porte un message clair : chaque personne mérite un logement sûr, abordable et capable de résister aux aléas qui l’entourent. Comme le souligne la campagne des Nations Unies, cela exige davantage que la seule préparation des ménages. Il faut une planification responsable, des constructions plus sûres, des investissements publics et des communautés capables d’influencer les décisions concernant leur lieu et leurs conditions de vie.
Pour le Liban, le défi consiste à traduire ce message en protection concrète : des bâtiments plus sûrs, des infrastructures fonctionnelles, des alertes accessibles et des politiques de relèvement qui bénéficient aux personnes les plus exposées aux risques.
L’expérience du Liban montre pourquoi la prévention est essentielle
Le Liban est confronté à plusieurs types d’aléas. Le guide de préparation aux catastrophes au Liban, publié sur le site du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, recense notamment les séismes, les tsunamis, les glissements de terrain, les tempêtes, les inondations et les incendies parmi les menaces auxquelles la population doit se préparer. Leurs conséquences dépendent en partie du lieu de résidence, de l’état des bâtiments et des infrastructures, ainsi que des capacités de réponse.
Les inondations en offrent un exemple concret. L’édition spéciale 2024 du Rapport mondial d’évaluation sur la réduction des risques de catastrophe de l’UNDRR examine les inondations survenues dans le nord du Liban après sept jours de fortes pluies en janvier 2024. Des routes ont été submergées, perturbant l’accès au travail et à l’aide alimentaire. L’étude de cas souligne les lacunes dans l’application des règles de construction et des réglementations destinées à protéger les infrastructures et les bâtiments contre les inondations.
La leçon est claire : la prévention des catastrophes doit aller au-delà de l’intervention lorsque l’eau pénètre dans les logements. Elle doit inclure l’entretien des réseaux de drainage, la protection des cours d’eau, l’application des règles d’aménagement du territoire et l’identification des bâtiments et des quartiers nécessitant les interventions les plus urgentes.
Le relèvement du secteur du logement doit intégrer la sécurité
Les dommages causés par le conflit ont rendu la résilience des logements particulièrement urgente.
Dans son évaluation publiée le 7 mars 2025, la Banque mondiale a estimé les besoins de relèvement et de reconstruction du Liban à 11 milliards de dollars américains pour la période de conflit allant du 8 octobre 2023 au 20 décembre 2024. Le logement était le secteur le plus touché, avec des dommages physiques estimés à 4,6 milliards de dollars américains. Ces chiffres concernent la période couverte par cette évaluation et ne doivent pas être présentés comme une estimation exhaustive des destructions ultérieures.
Au Liban, la reconstruction devrait donc comprendre des évaluations structurelles réalisées par des professionnels qualifiés, une supervision technique adaptée et des mesures de réduction des risques futurs. Réparer les dommages visibles ne suffit pas à établir qu’un bâtiment est sûr.
L’aide au logement doit également prendre en compte la situation des locataires, des propriétaires à faibles revenus et des familles déplacées. Un ménage qui ne peut pas financer une inspection ou des réparations essentielles doit pouvoir accéder à un dispositif de soutien. La sécurité ne doit pas dépendre uniquement du pouvoir d’achat.
Lorsque le retour reste dangereux, l’hébergement temporaire doit offrir des conditions de vie dignes et un accès aux services essentiels. Les décisions de relèvement doivent associer les habitants concernés et expliquer les modalités d’attribution de l’aide.
L’adaptation climatique a sa place dans la politique du logement
Le Plan national d’adaptation du Liban constitue une base existante pour relier résilience climatique et développement.
Publié par l’intermédiaire du PNUD en décembre 2025, ce plan répond à la hausse des températures, à la diminution des précipitations, aux sécheresses prolongées et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Sa feuille de route couvre la période 2025–2035 et comprend les infrastructures urbaines, la santé publique, les ressources en eau et la réduction des risques de catastrophe parmi huit secteurs prioritaires.
Pour les logements et les quartiers, cela implique des priorités concrètes : un meilleur drainage, une ventilation et un ombrage adaptés, un accès fiable à l’eau et une planification fondée sur la connaissance des aléas locaux.
Les investissements municipaux doivent articuler ces mesures. Même un bâtiment plus sûr dépend de routes accessibles, de systèmes d’assainissement fonctionnels et de services capables de continuer à fonctionner pendant les urgences. Protéger les logements exige donc de protéger les systèmes qui les entourent.
Renforcer la coordination nationale et les capacités locales
Le Liban dispose déjà d’une structure institutionnelle sur laquelle s’appuyer.
Selon le PNUD, l’Unité de gestion des risques de catastrophe, rattachée à la Présidence du Conseil des ministres, coordonne cette gestion aux niveaux national, infranational, sectoriel et local. Son travail couvre la prévention, la préparation, la réponse et le relèvement. Le Cadre national de réponse du Liban a été actualisé en 2017 et en 2023.
La priorité devrait être de transformer cette coordination en capacités locales fiables. Les municipalités ont besoin d’un appui technique, d’informations exploitables sur les risques et de ressources pour entretenir les infrastructures et préparer les dispositifs d’évacuation.
La préparation locale doit comprendre l’identification de centres d’hébergement sûrs, l’organisation d’une assistance pour les habitants qui ne peuvent pas évacuer seuls, la réalisation d’exercices et l’établissement de communications claires entre les communautés et les intervenants.
Ces responsabilités nécessitent un financement durable. La préparation ne peut pas dépendre entièrement de projets à court terme lancés après chaque urgence.
Les alertes précoces doivent atteindre les personnes et leur permettre d’agir
Une alerte n’est utile que si les personnes la reçoivent, la comprennent et peuvent agir en conséquence.
Au Liban, les systèmes d’alerte devraient utiliser plusieurs canaux, notamment les messages sur téléphone portable, la radio, les communications municipales et les réseaux communautaires de confiance. Les informations doivent préciser la zone concernée, le danger attendu et les mesures à prendre.
L’accessibilité doit faire partie intégrante de ces dispositifs. Les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, celles qui rencontrent des difficultés de lecture et d’écriture, ainsi que les ménages disposant d’une connexion peu fiable peuvent avoir besoin de formats de communication différents ou d’une assistance directe.
Les alertes doivent également être liées à des possibilités concrètes. Les personnes doivent savoir où se rendre, comment y parvenir et quel soutien est disponible. Demander à une famille d’évacuer sans lui fournir un itinéraire accessible ou une destination sûre laisse subsister une lacune majeure dans la protection.
Une approche de la réduction des risques de catastrophe fondée sur les droits humains
La réduction des risques de catastrophe concerne la protection de la vie, de la santé, du logement, de l’éducation et de la dignité. Les politiques doivent donc examiner qui est le plus exposé, qui reçoit une assistance et qui rencontre des obstacles à la protection.
Au Liban, une approche fondée sur les droits devrait comprendre :
- Des hébergements et des évacuations accessibles : répondre aux besoins des personnes en situation de handicap, des personnes âgées et de celles qui nécessitent un soutien médical.
- La protection des enfants : préserver l’unité familiale, assurer un hébergement sûr et maintenir la continuité de l’apprentissage.
- La sécurité et le respect de la vie privée : intégrer un éclairage adapté, des installations sanitaires et des dispositifs de protection dans les hébergements d’urgence.
- Une aide équitable : publier les critères d’éligibilité et prévoir des moyens accessibles de contester une exclusion.
- La participation communautaire : associer les habitants aux décisions concernant les réparations, la réinstallation et le relèvement des quartiers.
Un suivi indépendant des droits humains peut contribuer à repérer les exclusions, à documenter les problèmes de protection et à recommander des améliorations. Les autorités chargées de la gestion des catastrophes et les institutions de défense des droits humains ont des rôles complémentaires pour garantir que les mesures d’urgence préservent la dignité des personnes.
Les priorités du Liban pour le 13 octobre
La célébration de 2026 devrait encourager des engagements concrets :
- Donner la priorité à la sécurité des bâtiments, grâce à des évaluations réalisées par des professionnels qualifiés et à un soutien aux ménages qui ne peuvent pas financer les réparations essentielles.
- Réduire les risques dans les quartiers, notamment les réseaux de drainage obstrués, les voies d’accès dangereuses et les aménagements qui augmentent l’exposition aux aléas.
- Renforcer la préparation municipale, au moyen de plans financés, de formations et d’une meilleure coordination.
- Rendre les alertes accessibles et permettre d’agir, grâce à des instructions claires et à une assistance à l’évacuation.
- Intégrer l’adaptation climatique dans la reconstruction, en s’appuyant sur le Plan national d’adaptation du Liban.
- Garantir la transparence de l’aide au relèvement, avec la participation des communautés et des mécanismes de plainte accessibles.
La résilience commence à la maison, mais rendre les logements sûrs relève d’une responsabilité publique partagée. Le relèvement du Liban doit offrir aux familles davantage qu’un toit réparé : des conditions de vie plus sûres, des services fiables et une base plus solide pour faire face aux prochaines urgences.
Références officielles
- Nations Unies : Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophe
- UNDRR : campagne de la Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophe
- UNDRR : guide de préparation aux catastrophes au Liban
- UNDRR : Rapport mondial d’évaluation, édition spéciale 2024 — étude de cas sur les inondations au Liban
- Banque mondiale : les besoins de relèvement et de reconstruction du Liban estimés à 11 milliards de dollars américains
- PNUD Liban : renforcement des capacités de gestion des risques de catastrophe
- PNUD Liban : Plan national d’adaptation
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