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Derrière les murs de Roumieh : la vie à l’intérieur de la plus grande prison du Liban

Perchée sur une colline dans la région du Mont-Liban, juste au nord de Beyrouth, se dresse la prison centrale de Roumieh, le plus grand et le plus emblématique centre de détention du Liban. Construite en 1963 et inaugurée en 1971, Roumieh a été conçue comme une prison moderne à une époque où le système pénitentiaire libanais était en expansion. Plus de cinq décennies plus tard, la prison est devenue un symbole frappant d’un système judiciaire sous pression, reflétant des crises sociales, économiques et institutionnelles plus profondes.

Une prison conçue pour une autre époque

À l’origine, la prison de Roumieh était destinée à accueillir environ 1 300 détenus. Aujourd’hui, elle en abrite plusieurs fois plus. Les estimations gouvernementales situent la capacité officielle autour de 3 000 détenus, mais la population carcérale a atteint environ 4 200 prisonniers, dépassant largement ce que les normes internationales considèrent comme acceptable.

Selon les normes recommandées par le Comité international de la Croix-Rouge, qui préconisent 3,4 mètres carrés d’espace de vie par détenu, la capacité réelle de Roumieh serait plus proche de 1 050 détenus. Cet écart met en évidence l’ampleur de la crise de surpopulation qui caractérise la vie quotidienne derrière ses murs.

Roumieh n’est pas simplement un seul bâtiment. Le complexe est divisé en cinq blocs principaux, chacun destiné à accueillir différentes catégories de détenus.

Bloc A (Maison Centrale)
Ce bloc n’était pas destiné à accueillir des prisonniers. Toutefois, en raison de la surpopulation, il est actuellement utilisé pour détenir des détenus, qu’ils soient en détention provisoire ou déjà condamnés.

Bloc B
Ce bloc accueille des détenus en détention provisoire ou condamnés pour des crimes liés à l’extrémisme religieux. Il est divisé en trois étages comprenant chacun 57 cellules (réparties en trois couloirs), soit un total de 171 cellules dans ce bloc.

Bloc C
Ce bloc est également composé de trois étages, avec environ 50 à 57 cellules par étage (réparties en trois couloirs), pour un total de 171 cellules. Il accueille des détenus en détention provisoire ainsi que des condamnés.

Bloc D (bâtiment bleu)
Ce bloc est divisé en trois étages comportant chacun environ 50 à 57 cellules (réparties en trois couloirs), soit un total de 171 cellules. Il héberge des détenus souffrant de troubles mentaux ainsi que des détenus séropositifs au VIH.

Section des mineurs
Cette section comprend deux étages séparés du reste du complexe et accueille des détenus mineurs de sexe masculin.

Bien que ces blocs aient été conçus pour séparer les détenus selon leur statut juridique ou leur vulnérabilité, la surpopulation rend souvent ces distinctions impossibles à respecter.

Attendre sans procès

L’une des réalités les plus frappantes à Roumieh est que de nombreux détenus n’ont pas encore été condamnés. Dans l’ensemble du système carcéral libanais, la majorité des prisonniers sont en attente de jugement, conséquence de procédures judiciaires lentes, d’enquêtes longues et de retards systémiques dans les tribunaux.

Ainsi, Roumieh est devenu un lieu où des individus peuvent passer des mois, voire des années, en attendant leur première audience, brouillant la frontière entre détention et punition.

Des conditions de vie sous pression

La surpopulation influence presque tous les aspects de la vie à Roumieh. Les cellules, conçues pour accueillir beaucoup moins de détenus, contiennent souvent plus d’une douzaine de personnes, tandis que les grands dortoirs peuvent abriter plus d’une centaine de prisonniers.

Les lits, couvertures et oreillers sont rares, obligeant de nombreux détenus à dormir sur de fines nattes ou des couchages improvisés.

La ventilation est insuffisante, l’humidité est élevée et les systèmes de chauffage ou de refroidissement sont limités. Ces conditions ont contribué à l’apparition de maladies respiratoires, d’infections cutanées et d’autres problèmes de santé parmi les détenus.

Les conditions d’hygiène sont également difficiles. La prison souffre d’un manque de savon, de détergents, de produits de nettoyage et d’autres fournitures sanitaires de base. Les toilettes et les douches sont souvent insuffisantes pour le nombre de détenus qui les utilisent, et l’entretien des infrastructures devient de plus en plus difficile dans le contexte de la crise économique qui limite les financements publics.

Nourriture, eau et coût de la crise

L’effondrement financier du Liban a également atteint la cuisine de Roumieh. L’administration pénitentiaire peine à maintenir un approvisionnement alimentaire suffisant alors que les prix des produits de base ont fortement augmenté.

Les repas sont souvent simples et répétitifs, et la quantité de viande servie a été réduite. Les produits frais et les produits laitiers sont rarement disponibles, et les détenus partagent parfois un fruit entre eux.

L’accès à l’eau potable constitue un autre défi. Les systèmes de filtration nécessitent une maintenance régulière, et de nombreux détenus n’ont pas les moyens financiers d’acheter de l’eau en bouteille.

Le résultat est une lutte quotidienne pour satisfaire les besoins fondamentaux dans un système déjà soumis à une pression considérable.

Des services de santé sous tension

Les services de santé à Roumieh restent limités par rapport à la taille de la population carcérale. Il existe une pénurie de médecins, d’infirmiers et de personnel médical spécialisé, notamment des psychiatres et des dentistes.

Les détenus nécessitant des soins spécialisés doivent souvent attendre longtemps en raison de retards administratifs avant de pouvoir consulter un spécialiste.

Certains détenus dépendent des médicaments fournis par des ONG ou par leurs familles. Les transferts hospitaliers pour des maladies graves — telles que le cancer, la dialyse ou les interventions chirurgicales majeures — peuvent également être difficiles en raison de contraintes financières et logistiques.

Malgré ces obstacles, des efforts récents ont permis d’intégrer le centre médical de Roumieh dans le réseau libanais des centres de soins de santé primaires, une mesure qui pourrait améliorer l’accès à certains traitements et médicaments pour les maladies chroniques.

Réinsertion et rôle de la société civile

En théorie, les prisons doivent également remplir un rôle de réhabilitation. En pratique, la surpopulation et le manque de ressources rendent les programmes de réinsertion difficiles à maintenir à Roumieh.

Les activités éducatives, les formations professionnelles, le soutien psychosocial et les activités récréatives sont souvent organisés par des organisations de la société civile qui tentent de combler les lacunes laissées par les institutions publiques.

Ces initiatives comprennent des cours d’informatique, des ateliers professionnels et des séances de conseil en groupe. Toutefois, l’ampleur de ces programmes reste limitée par rapport aux besoins de milliers de détenus.

Un système en transition

La prison de Roumieh est administrée par les Forces de sécurité intérieure sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, bien que des réformes juridiques prévoient depuis longtemps le transfert de l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice.

Les agents pénitentiaires — généralement formés comme policiers plutôt que comme personnel correctionnel spécialisé — travaillent eux-mêmes dans des conditions difficiles. Les bas salaires, la surpopulation et le manque de ressources compliquent leur mission.

Plus qu’une simple prison

Roumieh est souvent présenté uniquement comme un lieu d’enfermement, mais il reflète aussi des défis structurels plus larges auxquels le Liban est confronté : un système judiciaire en difficulté, une crise économique profonde et des institutions publiques sous-financées.

Derrière ses murs vivent des milliers d’hommes dont les histoires s’entrecroisent avec ces réalités nationales : des individus en attente de jugement, purgeant une peine ou espérant reconstruire leur vie après leur libération.

L’avenir de la prison de Roumieh dépendra probablement non seulement de réformes internes, mais aussi de changements plus profonds dans l’ensemble du système judiciaire libanais, allant de procédures judiciaires plus rapides à de meilleures alternatives à la détention.

En attendant, la prison demeure un symbole puissant de la lutte continue du pays pour concilier justice, dignité humaine et résilience institutionnelle.

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