La Commission nationale des droits de l’homme suit avec une vive préoccupation les contenus médiatiques, tant locaux qu’internationaux, relatifs à l’assassinat de la journaliste Amal Khalil. Elle constate que certaines de ces couvertures se caractérisent par un discours ambigu, manquant de la rigueur professionnelle et juridique requise pour qualifier des faits d’une telle gravité. La Commission rappelle que le fait de cibler des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions constitue, au regard du droit international humanitaire, une violation grave pouvant s’élever au rang de crime de guerre. Elle estime en outre que certaines approches médiatiques ne se sont pas limitées à manquer à l’obligation de relater fidèlement les faits, mais ont également contribué à détourner l’attention de l’essence même du crime et à affaiblir la clarté de la responsabilité juridique qui en découle.
Un examen préliminaire de ces contenus montre que certains d’entre eux se sont écartés des exigences du traitement professionnel, notamment par l’usage de titres et de formulations qui déplacent l’attention de l’acte de ciblage vers l’identité de la victime, ou par l’introduction de qualificatifs politiques et de classifications générales sans lien avec les faits, ce qui porte atteinte à son statut de journaliste civile bénéficiant d’une protection. Il a également été observé une tendance, dans certaines couvertures, à présenter des récits opposés de manière formelle, sans les soumettre à une vérification ou à une évaluation juridique. Une telle approche conduit, en pratique, à diluer la vérité sous couvert de « neutralité », alors que les faits liés au ciblage de civils, en particulier de journalistes, ne se prêtent pas à ce type d’équilibre artificiel qui vide le crime de sa substance juridique. À cela s’ajoutent des insuffisances dans l’exposition des faits, l’absence de contextualisation de la mission journalistique de la victime, ainsi que le manque d’appels clairs à la solidarité ou à la garantie d’un accès immédiat aux secours et à l’assistance, malgré la gravité avérée de la situation et les entraves aux opérations de sauvetage.
La Commission considère que ce type de discours ne relève pas des limites de la liberté d’expression protégée. Il peut, au contraire, contribuer directement ou indirectement à instaurer un environnement justificatif affaiblissant la reddition des comptes et ouvrant la voie à l’impunité, notamment lorsque les récits émanant des parties au conflit sont relayés sans analyse critique ni soumission aux normes professionnelles et juridiques applicables. Accorder un poids équivalent à des récits non vérifiés et à des faits établis est de nature à consacrer un discours qui justifie la violence à l’encontre des journalistes et affaiblit la protection que leur confère le droit international humanitaire en tant que civils. Par ailleurs, l’entrave à l’accès des secours aux blessés ou aux personnes piégées constitue en elle-même une violation supplémentaire qui doit être clairement mise en évidence, et non éludée ou minimisée.
Dans ce contexte, la Commission souligne que le respect du principe de distinction et la protection des civils, y compris des journalistes, constituent des obligations juridiques contraignantes, et que toute violation de ces règles appelle une qualification juridique précise, sans ambiguïté ni atténuation. Elle insiste également sur le fait que tout discours médiatique tendant à justifier de tels actes ou à en minimiser la gravité constitue un manquement aux normes professionnelles et peut s’apparenter à une incitation indirecte ou contribuer à la perpétuation des violations.
En conséquence, la Commission appelle l’ensemble des médias à se conformer strictement aux principes d’un journalisme fondé sur l’exactitude et l’indépendance, à s’abstenir de toute classification ou description susceptible de porter atteinte à la protection juridique des victimes, et à adopter une terminologie claire des violations conforme au droit international humanitaire. Elle souligne également la nécessité de promouvoir un discours médiatique plaçant la protection des journalistes au cœur de ses priorités, contribuant à établir la vérité et à renforcer la responsabilité, plutôt qu’à créer des équilibres artificiels menant à la justification du crime.
L’assassinat de la journaliste Amal Khalil ne constitue pas un événement anodin dans un contexte de conflit, mais un fait grave exigeant un traitement médiatique et juridique responsable, rejetant toute tentative de reformulation des faits visant à en atténuer la gravité ou à en masquer la nature. La Commission réaffirme que la protection du journalisme est indissociable de la protection de la vérité, et que toute dérive du discours médiatique vers la justification ou le doute sape les fondements de la justice et contribue à l’ancrage de l’impunité.
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