L’organisation Human Rights Watch (HRW) a averti que l’appel lancé par l’armée israélienne à évacuer l’ensemble des zones situées au sud du fleuve Litani au Liban pourrait entraîner de graves violations du droit international humanitaire, compte tenu de son impact sur des centaines de milliers de civils.
Cette mise en garde figure dans une analyse publiée le 4 mars 2026 par Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. Elle fait suite à un message diffusé sur les réseaux sociaux par le porte-parole militaire israélien en langue arabe, appelant les habitants du sud du Liban à « évacuer immédiatement leurs maisons et à se diriger vers le nord du Litani » afin de « garantir leur sécurité », tout en avertissant que tout mouvement vers le sud pourrait mettre leur vie en danger.
Selon Ramzi Kaiss, cet appel généralisé à l’évacuation soulève de sérieuses préoccupations juridiques et humanitaires. Il s’est interrogé notamment sur la capacité des groupes les plus vulnérables, notamment les personnes âgées, les malades et les personnes en situation de handicap, à quitter immédiatement leurs habitations sans assistance ni garanties de protection pendant leur déplacement.
Le 2 mars 2026, l’armée israélienne avait déjà appelé à l’évacuation de plus de 50 villages et localités du sud du Liban. En quelques jours, ces avertissements se sont élargis pour concerner plus de 100 villages et localités dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa, selon le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, Tom Fletcher.
Ces développements ont déjà provoqué une nouvelle vague de déplacements, des dizaines de milliers de civils ayant été contraints de quitter leurs habitations.
Human Rights Watch rappelle que ces appels à l’évacuation interviennent dans un contexte de déplacements massifs survenus lors de l’escalade militaire entre septembre et novembre 2024, période durant laquelle plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du Liban. Bien que la majorité d’entre elles soient retournées chez elles après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, plus de 64 000 personnes restaient encore déplacées et incapables de regagner leurs villages et leurs villes en octobre 2025.
L’organisation souligne également l’ampleur des destructions dans le sud du Liban, où plus de 10 000 bâtiments ont été lourdement endommagés ou détruits entre octobre 2023 et janvier 2025, certaines localités frontalières ayant été entièrement réduites en ruines, ce qui entrave les efforts de reconstruction et le retour des habitants.
En vertu du droit international humanitaire, le déplacement forcé de civils en période de conflit armé est interdit, sauf lorsque la sécurité des civils l’exige ou pour des raisons militaires impératives, des exceptions qui demeurent strictement limitées. Même lorsqu’il est présenté comme une « évacuation », le déplacement doit rester temporaire et les civils doivent être autorisés à retourner chez eux dès la fin des hostilités.
Le droit international humanitaire précise également que les civils qui restent dans leurs habitations après un ordre d’évacuation ne perdent pas leur statut civil ni la protection juridique qui leur est accordée, et ne peuvent être pris pour cible pour le seul motif qu’ils n’ont pas quitté la zone.
Alors que les tensions persistent le long de la frontière sud du Liban, les organisations de défense des droits humains et les acteurs humanitaires continuent de s’inquiéter des conséquences juridiques et humanitaires des appels d’évacuation à grande échelle et de leur impact direct sur les populations civiles.
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